« La connectivité rurale et éloignée est à la fois la plus grande lacune et la plus grande occasion »
Jacquie LaRocque, cheffe de la direction de Compass Rose, défenseure du Canada rural et lobbyiste agréée pour le Groupe pour la promotion de la prospérité rurale, s’est récemment entretenue avec The Hill Times.
Consultez ses commentaires ci-dessous.
Grâce à son travail sur la prospérité rurale au cours des deux dernières années, Compass Rose réclame des mesures qui reflètent les réalités et les besoins du Canada rural. Alors que diverses associations sectorielles défendent des enjeux précis, comme les télécommunications et la connectivité, le Groupe pour la promotion de la prospérité rurale (GPPR) s'investit à faire progresser un objectif plus large : l’application systématique d’une perspective rurale par les gouvernements dans toutes les décisions de politique publique et de réglementation. Le dossier des télécommunications, avec toutes ses subtilités, est un domaine qui bénéficierait grandement d’une telle approche.
La connectivité dans les régions rurales et éloignées constitue à la fois la plus grande lacune et la plus grande occasion. D’une part, l’accès demeure peu fiable ou inexistant dans beaucoup trop de régions. Comme le Canada rural joue un rôle central dans nos objectifs économiques et commerciaux, cela signifie que nous passons à côté d’un potentiel considérable. D’autre part, il existe une occasion urgente de renforcer les collectivités et les économies locales, d’accroître la production agricole, énergétique et celle d’autres secteurs, ainsi que d’offrir les soins de santé, l’éducation et d’autres services essentiels directement dans les foyers des Canadiens.
Comme l’a indiqué un répondant à un sondage du GPPR : « L’apprentissage en ligne devient de plus en plus une option viable pour améliorer l’éducation, et les collectivités rurales doivent mieux se former afin d’attirer des industries plus avancées et plus complexes et d’accroître leur productivité. »
Dans ce contexte, et particulièrement en matière de télécommunications, nous exhortons les décideurs à tenir compte de ce dont l’industrie a besoin pour connecter davantage de Canadiens et pour permettre à un plus grand nombre de biens et de services canadiens d’atteindre les marchés mondiaux. Par exemple, le coût de l’expansion de la connectivité se chiffre en milliards de dollars, et il revient au gouvernement de créer un environnement d’investissement propice à de nouveaux investissements du secteur privé. L’industrie et le gouvernement poursuivent le même objectif et doivent engager un dialogue constructif.
Il est facile d’affirmer que nous avons besoin de plus de concurrence, mais ces leviers comportent de nombreuses nuances. Une perspective rurale contribuerait grandement à comprendre les résultats réels de telles mesures et à déterminer si elles servent véritablement les intérêts des Canadiens.
La perspective rurale : ne compliquons pas les choses
Nous avons été encouragés d’entendre le secrétaire d’État (Développement rural), Buckley Belanger, affirmer qu’il appuie l’idée d’une perspective rurale. En même temps, nous l’exhortons, ainsi que le premier ministre Carney et les responsables gouvernementaux, à ne pas compliquer inutilement sa mise en œuvre.
Des mécanismes éprouvés et souples existent déjà pour intégrer une perspective rurale. Le gouvernement dispose déjà d’outils à faible coût administratif : l’inclusion d’un volet propre aux régions rurales dans les mémoires décisionnels, les analyses d’impact du Conseil du Trésor et même l’adaptation d’autres évaluations d’impact existantes. L’intégration de sections concises consacrées aux réalités rurales dans les mémoires au Cabinet oblige effectivement le gouvernement à privilégier des approches guidées par les besoins ruraux plutôt que des approches centrées sur les milieux urbains. En favorisant une perspective axée d’abord sur les régions rurales dans l’élaboration des politiques, nous pouvons atténuer les conséquences négatives imprévues et éviter que l’on remette en question l’efficacité des politiques après leur mise en œuvre.
Le monde d’aujourd’hui et de demain a besoin du Canada rural.
Le gouvernement est-il à l’écoute des régions rurales ?
Depuis des années, le Parti libéral parle du Canada rural, mais sans en faire une priorité aussi importante qu’il aurait pu le faire.
Les ambitions économiques du gouvernement placent pourtant les régions rurales au premier plan, notamment en matière d’exportations énergétiques, de centres de données liés à l’intelligence artificielle et de sécurité alimentaire, entre autres. Nous avons un ancien banquier comme premier ministre, et je crois qu’il est en mesure de reconnaître que Bay Street ne peut prospérer si la rue Principale que représente le Canada rural ne prospère pas.
Les Canadiens observeront certainement les actions du gouvernement à l’approche de la prochaine élection et, ultimement, au moment de voter.
Le gouvernement a lancé une consultation afin d’élaborer une stratégie pour le Canada rural. Encore une fois, il faut voir ce qui en ressortira, car le temps presse.
Est-il à l’écoute du secteur des télécommunications en particulier ?
Dans sa réponse à l’étude du Comité des comptes publics sur la connectivité dans les régions rurales et éloignées, le gouvernement souligne qu’il a investi 3,2 milliards $ dans le Fonds pour la large bande universelle depuis 2020.
Le gouvernement a réalisé des progrès en matière d’investissements dans l’Internet haute vitesse afin d’atteindre son objectif de rendre ce service accessible à l'ensemble des Canadiens d’ici 2030. Bien que le Canada ait atteint un taux de connectivité à large bande de 97,1 %, ce taux n’est que de 86,1 % dans les collectivités rurales. Dans les territoires, il est encore plus faible, à 69,6 %, et dans les réserves des Premières Nations, à 69,3 %. Il y a seulement huit ans, en 2018, le taux de connectivité rurale n’était que de 40,7 %.
Le CRTC a lancé plus tôt ce printemps une consultation publique sur la collecte de données concernant les zones mal desservies. Les observateurs suivront donc de près les résultats de cette initiative.
Encore une fois, que signifie concrètement tout ce discours sur la concurrence pour la rue Principale que représente le Canada rural ? Une perspective rurale permettrait de répondre à cette question, et je ne suis pas certaine que la réponse soit celle que nous imaginons. Mais cela mérite d’être examiné, ne serait-ce que pour cette raison.
Recommandations
Recommandation 1 :
Que le gouvernement tienne compte des voix des dirigeants, des intervenants et des résidents du Canada rural et s’engage à aller à leur rencontre, à les écouter et à apprendre d’eux de manière intentionnelle afin de faire en sorte que le Canada rural ne soit pas une considération secondaire, mais un partenaire à part entière dans la construction d’un Canada fort.
Recommandation 2 :
Que le gouvernement examine les politiques, programmes et décisions réglementaires existants, ainsi que les négociations et accords commerciaux, sous un angle rural afin de déterminer leurs effets actuels sur les collectivités rurales — et détermine comment ils peuvent être adaptés en priorité pour soutenir la réussite économique et la vitalité des communautés rurales.
Recommandation 3 :
Que le gouvernement applique une perspective rurale à l'ensemble des politiques, des programmes et décisions réglementaires futurs, ainsi qu’aux négociations et accords commerciaux, afin de garantir qu’aucune réglementation, aucun programme ou aucune politique fédérale future — nationale ou internationale — ne nuise au Canada rural. Cela exige l’application institutionnelle et cohérente d’une perspective rurale à toutes les étapes de la prise de décision fédérale, en veillant à ce que les nouveaux programmes ou initiatives tiennent compte des besoins, des enjeux et des possibilités des régions rurales.
