Jouer dans la cour des grands : le Canada rural, clé de la prospérité économique
Mémoire présenté dans le cadre des consultations prébudgétaires en vue du prochain budget fédéral
Il n’est pas exagéré de dire que le monde a davantage besoin du Canada, et que cette position de force repose sur ses communautés rurales.
Le Canada rural regorge d’énergie, de ressources alimentaires, de minéraux critiques, de capacités en technologies propres, ainsi que d’espace pour les infrastructures permettant de tout relier. Il représente près de 53 % des exportations canadiennes, génère 25 % du PIB national et alimente les chaînes d’approvisionnement dans toutes les provinces et tous les territoires. Des corridors commerciaux et réseaux énergétiques à l’agriculture alimentée par l’IA et aux centres de données, les régions rurales sont essentielles à la prospérité et à la souveraineté de notre pays. Le Canada rural est au cœur des industries canadiennes et des valeurs que nous incarnons comme pays.
Comme l’a déclaré le secrétaire d’État (Développement rural), Buckley Belanger :
« Le Canada rural est prêt à prouver au reste du pays que nous faisons bien plus que notre poids. »
Il a ajouté : « Nous voulons que chaque aspect de notre économie fonctionne à plein régime. »
La mission du Groupe pour la promotion de la prospérité rurale est de mettre en lumière l’importance cruciale du Canada rural et du mode de vie rural pour la croissance économique et la prospérité de notre pays. Nous y parvenons en renforçant les liens et en favorisant le dialogue sur les réalités propres aux collectivités rurales, en partageant les histoires et les réussites du Canada rural, et en faisant la promotion d’initiatives par divers canaux de communication efficaces, notamment le bulletin mensuel Le point sur le Canada rural.
À une époque marquée par l’instabilité mondiale, les pressions liées au coût de la vie et le besoin urgent de rebâtir les fondements économiques du Canada, le Canada rural est essentiel pour libérer le potentiel économique de notre pays.
Un récent sondage mené par le Groupe pour la promotion de la prospérité rurale auprès de dirigeants et d'intervenants des régions rurales a confirmé cette réalité. Les répondants ont largement décrit le Canada rural comme fondamental pour l’identité, l’économie et le système alimentaire du pays — profondément lié au territoire, à la communauté et à la résilience nationale. Le Canada rural est essentiel à la réalisation de chacun des objectifs du gouvernement fédéral : renforcer les partenariats commerciaux, bâtir des infrastructures structurantes, réduire les coûts pour les Canadiens, développer les métiers spécialisés, exploiter l’IA et stimuler l’investissement privé. Comme l’a souligné le député conservateur Jeremy Patzer :
« Tout ce qui existe dans le Canada urbain provient d’abord du Canada rural. Que ce soit la nourriture, les matériaux de construction ou l’énergie utilisée pour chauffer et climatiser les maisons, tout vient du Canada rural. »
Malheureusement, de nombreux intervenants avec lesquels nous avons tenu des échanges ont exprimé un sentiment persistant d’être sous-estimés ou négligés. Cette tension — entre importance et invisibilité — constitue une caractéristique déterminante de l’expérience rurale aujourd’hui.
Des politiques efficaces commencent par la présence : « visiter, écouter, apprendre »
Les dirigeants et les intervenants du milieu rural ont indiqué, dans le cadre de notre sondage, que les voix rurales sont rarement entendues dans les processus décisionnels provinciaux ou nationaux. Un répondant a souligné qu’il est nécessaire d’offrir davantage « d’occasions aux employés fédéraux à l’extérieur d’Ottawa d’élargir leur perspective au gouvernement et de mieux représenter les Canadiens ».
Lorsqu’on leur a demandé quelles mesures prioritaires les gouvernements peuvent prendre pour aider les communautés rurales à prospérer — en plus d’investir dans le transport, les infrastructures de chaîne d’approvisionnement, l’éducation et la formation des compétences ainsi que des infrastructures numériques fiables — les répondants ont répondu : « visiter, écouter, apprendre ».
Il est important de noter que de nombreux répondants ont insisté sur le fait que des politiques efficaces commencent par une présence réelle.
« Les seuls moments où je vois des représentants ruraux avoir une voix active dans la salle (par exemple lors de conférences), c’est lors d’événements conçus POUR les communautés rurales, presque jamais lors de conférences ou d’événements portant sur des enjeux nationaux », a déclaré un répondant.
Les deux tiers des répondants ont convenu que les liens économiques entre les milieux urbains et ruraux sont souvent plus symboliques que concrets, et que des progrès significatifs exigent un suivi soutenu, des indicateurs propres aux régions rurales et une reddition de comptes quant aux résultats.
Les gouvernements ont été invités à passer du temps dans les communautés rurales, à dialoguer directement avec les dirigeants locaux et les résidents, et à concevoir des solutions fondées sur l’expérience vécue en milieu rural plutôt que sur des hypothèses urbaines. Cela renforce la nécessité d’un changement structurel dans la manière dont les décisions sont prises — et pas seulement dans les décisions elles-mêmes.
Comme le souligne la Coalition pour un avenir meilleur dans son Rapport sur le Tableau de bord 2026 : Le moment d'agir : « À une époque d’instabilité mondiale, les communautés rurales agissent comme des amortisseurs économiques pour le Canada. Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser les municipalités rurales décliner sous le poids d’infrastructures vieillissantes et de pénuries de médecins. Combler cet écart n’est pas un acte de charité ; c’est une nécessité stratégique. En appliquant une “perspective rurale” à tout, des accords commerciaux aux politiques en matière d’IA, nous veillons à ce que les communautés qui fournissent notre nourriture, notre énergie et nos minéraux ne soient pas laissées pour compte. »
Le rapport de la Coalition ajoute également : « Les disparités entre les centres urbains et les régions rurales représentent des défaillances systémiques qui menacent la stabilité économique globale. »
Certaines de ces disparités ont été mises en évidence dans les réponses à notre récent sondage.
Les voix du Canada rural ont identifié l’accès aux soins de santé comme le plus grand défi auquel font face les Canadiens ruraux et qui doit être résolu :
« Je pense que le gouvernement devrait mieux soutenir les communautés rurales en matière de soins de santé et veiller à ce que nos hôpitaux ruraux ne ferment pas. Nous ne pouvons retenir personne sans établissements de santé. »
« L’accès aux médecins — les soins de santé à distance et virtuels pourraient être mieux utilisés. »
« Fournir des logements et un soutien à long terme pour permettre aux équipes médicales de rester dans les communautés. »
« Faciliter l’accès aux services médicaux (ne nous obligez pas à conduire quatre heures pour voir un spécialiste, amenez-les à nous). »
Vient ensuite, de près, la nécessité d’assurer des possibilités pour les jeunes travailleurs de rester dans leurs communautés, ainsi que l’accès à une connectivité fiable, notamment en matière de transport et de numérique.
« Nous avons besoin de meilleurs moyens de transport pour relier les communautés rurales aux grands centres. Un programme d’autobus comme celui en place dans les régions rurales de l’Île-du-Prince-Édouard, ou le développement d’une autre politique de transport, est essentiel. Améliorer la connectivité des communautés rurales est également très important », a fait valoir un répondant. « L’apprentissage en ligne devient de plus en plus une option viable pour améliorer l’éducation, et les communautés rurales doivent être mieux formées afin d’attirer des industries plus complexes et d’être plus productives. »
Ces enjeux ne sont ni marginaux ni locaux — ce sont des obstacles structurels qui nuisent à la productivité, à l’investissement et à la durabilité à long terme, ce qui se traduit par moins d’emplois pour les Canadiens, un pouvoir d’achat réduit et potentiellement une qualité de vie inférieure.
Les répondants ont également souligné la nécessité de réformes en matière de planification et de gouvernance qui tiennent compte de l’échelle et des capacités rurales, d’une plus grande flexibilité de financement pour les organismes sans but lucratif et les entreprises sociales, ainsi que d’une réduction des charges réglementaires qui touchent de manière disproportionnée les petites entreprises et les acteurs ruraux.
Par exemple, rendre permanent le projet pilote d’interconnexion ferroviaire étendue constituerait une mesure concrète pouvant améliorer la compétitivité des industries du Canada rural. Cela est important, car cette mesure touche plusieurs secteurs et permet aux chaînes d’approvisionnement de fonctionner plus efficacement.
Ces exemples ne représentent qu’une petite partie des enjeux à résoudre. C’est pourquoi, alors que le gouvernement prépare le budget 2026, nous l’exhortons à tenir compte des voix des dirigeants, des parties prenantes et des résidents du Canada rural. Le Groupe pour la promotion de la prospérité rurale appuie fermement les idées issues de secteurs tels que les technologies et la technologie financière, la foresterie, le secteur laitier, les télécommunications, l’éducation ainsi que l’agriculture et les ressources naturelles — des idées ancrées dans la réalité, portées par des personnes et des leaders qui comprennent ce dont notre économie et notre industrie ont besoin en cette période d’incertitude.
Une perspective rurale est nécessaire
Les Canadiens ruraux demeurent profondément engagés envers la construction d’« une seule économie canadienne » — une vision qui rejoint l’engagement du premier ministre de bâtir une économie forte au service de tous. Cette vision ne peut se concrétiser sans considérer les communautés rurales comme des partenaires à part entière de la croissance et sans veiller à ce que les décisions nationales reflètent les réalités rurales.
Nous exhortons le gouvernement à adopter un engagement initial pratique, à fort impact et à faible coût, qui s’aligne sur ses priorités principales :
1. Examiner les politiques existantes dans une perspective rurale afin de stimuler la croissance et la résilience : Lancer immédiatement un examen complet des politiques et règlements existants afin de déterminer leurs effets actuels sur les communautés rurales — et la manière dont ils peuvent être adaptés en priorité pour soutenir la réussite économique et la vitalité des collectivités rurales.
Les répondants au sondage ont également identifié les politiques de développement économique et d’infrastructure comme étant celles qui nécessitent le plus une réévaluation. Les deux tiers des répondants estiment que les politiques de développement économique privilégient actuellement les besoins urbains au détriment des réalités rurales, tandis que 83 % considèrent que les décideurs urbains négligent la contribution des régions rurales à la croissance économique nationale. Les répondants ont également souligné que même les politiques bien intentionnées supposent souvent la proximité de services, de bassins de main-d’œuvre, de réseaux de transport ou de capacités institutionnelles qui n’existent tout simplement pas dans les régions rurales.
Un examen fondé sur une perspective et des critères ruraux permettrait au gouvernement fédéral de déterminer où une plus grande flexibilité, des modèles de prestation alternatifs ou des seuils différenciés pourraient améliorer considérablement les résultats — sans augmenter les coûts globaux des programmes ou de l’administration.
Cette démarche pourrait être mise en œuvre immédiatement pour un impact maximal.
2. Tenir compte de la perspective rurale dans toutes les décisions futures en matière de politiques, de programmes et de réglementation, ainsi que dans les négociations et accords commerciaux : Nous devons veiller à ce qu’aucune future réglementation, aucun programme, ni aucune politique fédérale — qu’elle soit nationale ou internationale — ne nuise, intentionnellement ou non, aux régions rurales du Canada. Cela nécessite l'application institutionnelle et cohérente d’une perspective rurale à toutes les étapes du processus décisionnel fédéral, afin de garantir que les nouveaux programmes ou initiatives tiennent compte des besoins, des défis et des opportunités des régions rurales.
Les résultats du sondage démontrent à la fois l’urgence et la légitimité de cette demande. Lorsqu’on leur a demandé si une perspective rurale devrait être appliquée à toutes les politiques fédérales, 100 % des répondants ont répondu par l’affirmative. Ils ont évoqué de nombreuses situations où des politiques conçues pour des milieux urbains denses ne s’adaptent pas aux réalités rurales — que ce soit en matière de prestation de soins de santé, de seuils de financement des infrastructures, de programmes de main-d’œuvre, de règles d’approvisionnement ou de conformité réglementaire. Ces lacunes limitent non seulement l’efficacité, mais découragent activement l’investissement et la participation aux initiatives fédérales.
Des mécanismes éprouvés et flexibles existent déjà pour soutenir cette exigence, notamment l’intégration d’un volet spécifique aux réalités rurales dans les mémoires au Cabinet appuyés par des analyses approfondies et des recommandations, les analyses d’impact du Conseil du Trésor, ainsi que l’adaptation d’autres évaluations d’impact existantes.
Cet engagement générera un rendement important sur l’investissement. Il garantit que chaque dollar dépensé par le gouvernement profite à tous les Canadiens, peu importe leur code postal, et renforce la position du Canada sur la scène mondiale.
Lors d’un événement de présentation du Rapport sur le Tableau de bord de la Coalition pour un avenir meilleur, Belanger a également reconnu l’utilité d’une perspective rurale dans la prise de décision : « Absolument. Différentes personnes ont différentes perspectives sur la façon d’appliquer une perspective rurale, et nous pouvons proposer divers scénarios, diverses matrices pour la construire. »
L’analyse doit être intégrée dès le début du processus décisionnel, et non considérée comme une réflexion après coup.
Les Canadiens ruraux sont les héros méconnus de l’extraordinaire réussite du Canada, et les Canadiens dépendent des exportations issues du Canada rural pour alimenter notre croissance. Si le Canada veut jeter les assises d'une prospérité économique durable, cela passera par la pleine valorisation du potentiel de ses régions rurales.
Recommandations
Recommandation 1 :
Que le gouvernement tienne compte des voix des dirigeants, des intervenants et des résidents du Canada rural et s’engage à aller à leur rencontre, à les écouter et à apprendre d’eux de manière intentionnelle afin de faire en sorte que le Canada rural ne soit pas une considération secondaire, mais un partenaire à part entière dans la construction d’un Canada fort.
Recommandation 2 :
Que le gouvernement examine les politiques, programmes et décisions réglementaires existants, ainsi que les négociations et accords commerciaux, sous un angle rural afin de déterminer leurs effets actuels sur les collectivités rurales — et détermine comment ils peuvent être adaptés en priorité pour soutenir la réussite économique et la vitalité des communautés rurales.
Recommandation 3 :
Que le gouvernement applique une perspective rurale à l'ensemble des politiques, des programmes et décisions réglementaires futurs, ainsi qu’aux négociations et accords commerciaux, afin de garantir qu’aucune réglementation, aucun programme ou aucune politique fédérale future — nationale ou internationale — ne nuise au Canada rural. Cela exige l’application institutionnelle et cohérente d’une perspective rurale à toutes les étapes de la prise de décision fédérale, en veillant à ce que les nouveaux programmes ou initiatives tiennent compte des besoins, des enjeux et des possibilités des régions rurales.
