Earls à Belanger : « Continuez à faire entendre la voix des régions rurales »

Le Canada rural doit demeurer une priorité pour les décideurs, particulièrement lorsqu’il est question d’infrastructures, de chaînes d’approvisionnement, de commerce, de transport et d’autres enjeux en cette période d’incertitude, déclare Kimberly Earls, directrice générale du Rural Ontario Institute. / PHOTO ROI

Les régions rurales de l’Ontario sont confrontées aux mêmes défis que les collectivités urbaines — pénuries de main-d’œuvre, logement, abordabilité, accès aux services, connectivité et changements démographiques, pour n’en nommer que quelques-uns — mais les solutions nécessitent une approche différente, affirme Kimberly Earls, directrice générale du Rural Ontario Institute (ROI).

« À certains égards, ce sont les mêmes enjeux auxquels nous sommes tous confrontés en tant que Canadiens, a déclaré Earls à Le point sur le Canada rural. Nous devons simplement les examiner sous un angle différent. Nous disposons de différentes ressources dans notre boîte à outils pour nous attaquer à ces enjeux. »

Earls, qui vit dans le comté de Norfolk, en Ontario, s’est jointe au ROI il y a six mois, après avoir été directrice générale de la South Central Ontario Regional (SCOR) Economic Development Commission, où elle supervisait la planification stratégique, la gouvernance du conseil d’administration, la mobilisation des intervenants et la mise en œuvre d’initiatives à fort impact. Elle compte plus de 15 années d’expérience en renforcement de la compétitivité des collectivités dans les secteurs du transport en commun, du développement de la main-d’œuvre, des infrastructures énergétiques et des systèmes agroalimentaires. Elle enseigne également à temps partiel au Fanshawe College. Auparavant, Earls était avec son mari propriétaire d'une entreprise de construction et de maçonnerie.

Elle a indiqué avoir déjà travaillé en partenariat avec le ROI et avoir constaté « à quel point l’organisation était axée sur l’action » ainsi que l’ampleur de son impact sur les collectivités. Elle n’a donc pas hésité à saisir l’occasion de s’y joindre et affirme que l’expérience a été enrichissante jusqu’à ce jour.

« Il se passe énormément de choses dans les régions rurales de l’Ontario et du Canada rural. C’est donc certainement une période très intéressante pour travailler dans ce domaine », a-t-elle déclaré.

Lorsqu’on lui a demandé de décrire l’Ontario rural en un seul mot, elle a répondu : « capable ».

Les Canadiens des régions rurales ont « tellement d'atouts »

« Dans les régions rurales de l’Ontario, nous avons vraiment tendance à être axés sur les solutions. Nous sommes très unis, en quelque sorte par nécessité, mais aussi parce que c’est le type de personnes qui sont attirées par les régions et les collectivités rurales », a-t-elle expliqué. « Nous avons tellement d'atouts et d’innovations qui sont développées dans les régions rurales de l’Ontario et du Canada. Si je devais choisir un seul mot, ce serait “capable”. »

Selon les statistiques provinciales :

  • En 2025, l’emploi dans les régions rurales de l’Ontario représentait 14,9 % de l’ensemble des emplois de la province, soit 1 223 500 emplois.

  • En 2024, le PIB des régions rurales de l’Ontario était estimé à 116,5 milliards $ (en dollars enchaînés de 2017), soit 13,3 % du PIB total de l’Ontario.

  • En décembre 2025, 13,6 % des entreprises de l’Ontario étaient situées dans des régions rurales, soit environ 275 488 entreprises.

Par ailleurs, l’industrie agroalimentaire de l’Ontario contribue à hauteur de près de 51 milliards $ au PIB provincial et emploie plus de 871 000 personnes — soit un emploi sur neuf. Plus de 48 000 fermes produisent 200 produits agricoles, ce qui représente 54 % des aliments consommés dans la province. De plus, des produits agroalimentaires ontariens d’une valeur de plus de 26 milliards $ sont exportés.

Earls affirme que l’incertitude géopolitique et commerciale actuelle a eu des répercussions sur les régions rurales de l’Ontario.

« Certaines des choses imprévisibles qui se sont produites au cours des derniers mois, voire de la dernière année, ont eu un impact énorme », a-t-elle déclaré, ajoutant que la situation des collectivités rurales constitue un indicateur de la santé du reste du pays. « En ce moment, nous sommes dans une position unique : beaucoup de regards sont tournés vers le Canada et, en particulier, vers la façon dont nous gérons la situation dans les collectivités rurales. »

Investir dans la prochaine génération de leaders ruraux

Selon Earls, une des principales solutions politiques consiste à veiller à ce que les gouvernements et les collectivités investissent dans la prochaine génération afin de former des leaders qui resteront dans les régions rurales pour relever les défis qui leur sont propres. Cela signifie disposer, dans les collectivités locales, des ressources, des outils et des capacités nécessaires pour déterminer les besoins, réunir les partenaires autour de la table et collaborer à la recherche de solutions.

« Un de nos principaux piliers consiste à développer le leadership et les capacités, et c’est la clé de toute approche axée sur les solutions, particulièrement dans les régions rurales. Il faut s’assurer que nous disposons des ressources nécessaires pour éduquer, former les gens et susciter une réflexion sur le leadership. »

« Si nous n’investissons pas dans les outils de leadership, si nous ne créons pas la prochaine génération de leaders ruraux et si nous n’aidons pas les jeunes à voir comment ils peuvent se projeter dans l’Ontario rural et le Canada rural, je pense que nous nous rendons un mauvais service. »

Le programme Rural Change Makers du ROI constitue un exemple de cette approche. Melanie Bidiuk, gestionnaire des communications et des programmes du ROI, a expliqué que le programme est une initiative gratuite destinée aux leaders émergents âgés de 18 à 35 ans. Les participants reçoivent une formation et développent leurs compétences, puis mettent celles-ci en pratique dans le cadre de projets de leadership communautaires.

Les participants au programme sont très diversifiés : entrepreneurs, élus, agents de développement économique, étudiants en médecine et personnes à différentes étapes de leur parcours scolaire. Le ROI travaille en partenariat avec 24 Premières Nations du Nord-Ouest de l’Ontario, et environ la moitié des participants appartiennent à des groupes méritant l’équité, selon Bidiuk.

Les participants ont utilisé leur formation pour lancer des entreprises et des organismes sans but lucratif, élaborer des politiques, soutenir l’identité autochtone, améliorer la santé mentale et le bien-être, renforcer la sécurité alimentaire, créer des entreprises sociales et bien plus encore, a indiqué Bidiuk.

si nous ne créons pas la prochaine génération de leaders ruraux et si nous n’aidons pas les jeunes à voir comment ils peuvent se projeter dans l’Ontario rural et le Canada rural, je pense que nous nous rendons un mauvais service.
— KIMBERLY EARLS

« Ce sont tous des exemples de ce que les participants font grâce au programme, et c’est remarquable », a-t-elle déclaré. « Cela montre exactement comment, dans les collectivités rurales, on peut donner aux gens les compétences et les outils nécessaires, mais surtout comment ils les utilisent à leur manière pour répondre à leurs propres priorités rurales, de façon très locale. »

Earls se dit encouragée par l’attention que reçoit le Canada rural sur la scène nationale. Il s’agit d’un « indicateur très fort » que tous les Canadiens et les décideurs publics comprennent l’importance de cette région. « Toutes ces choses sont nécessaires pour que nous réussissions, où que nous soyons », a-t-elle déclaré.

Lorsqu’on lui a demandé si elle avait des conseils à donner à Buckley Belanger, secrétaire d’État au Développement rural, qui travaille à l’élaboration d’un Plan d’action pour le développement rural, Earls a souligné l’importance de miser sur ce qui existe déjà plutôt que de réinventer la roue.

Elle a notamment souligné que le ROI dispose d’importants outils de données sur le logement, de relations dans divers secteurs ainsi que d’innovations qui peuvent être adaptées et mises à l’échelle.

« Continuez à faire entendre la voix des régions rurales », a-t-elle déclaré. « L’écoute doit également évoluer et changer constamment. »

Selon elle, le Canada rural doit demeurer une priorité pour les décideurs, particulièrement lorsqu’il est question d’infrastructures, de chaînes d’approvisionnement, de commerce, de transport et d’autres enjeux en cette période d’incertitude.

« Si nous ne faisons pas bien les choses dans les régions rurales, nous passons à côté de grandes occasions. »


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