Faire avancer le dossier des pipelines

« Le Canada et l’Alberta seront des partenaires à part entière dans ce projet, et les communautés autochtones y détiendront une participation significative », a déclaré le Premier ministre Mark Carney, photographié ici aux côtés de la Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, à propos du nouveau projet d’oléoduc qui traversera l’Alberta et la Colombie-Britannique. / PHOTO TWITTER

Les gouvernements fédéral et de l’Alberta ont indiqué qu’ils appuyaient un projet de nouvel oléoduc de plus de 30 milliards $ reliant l’Alberta à un port du sud de la Colombie-Britannique. Le projet serait financé conjointement par les deux gouvernements et construit par Trans Mountain Corp., une société appartenant au gouvernement fédéral.

L’annonce a été faite le jour même où le premier ministre Mark Carney a profondément modifié la dynamique politique entourant les pipelines, qui mobilise depuis des mois l’Alberta, Ottawa et le gouvernement de la Colombie-Britannique.

M. Carney, accompagné de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, lors de l’annonce à Calgary, a indiqué que la proposition serait immédiatement soumise au Bureau des grands projets du gouvernement fédéral afin d’être évaluée en vue d’un processus d’approbation accéléré.

« Le Canada et l’Alberta seront des partenaires à parts égales dans ce projet, et les communautés autochtones détiendront une participation importante dans sa propriété », a indiqué M. Carney.

Trans Mountain, une société d’État fédérale, a été acquise par Ottawa en 2018 afin de réaliser l’expansion de son oléoduc reliant l’Alberta à un terminal portuaire de Vancouver. Ce projet d’expansion a été achevé il y a deux ans, au coût de 34 milliards $. Le nouvel oléoduc proposé par Mme Smith suivrait en grande partie le même corridor jusqu’au sud de la Colombie-Britannique.

Les détails concernant le coût pour les contribuables fédéraux et albertains n’ont pas été précisés lors de l’annonce. Toutefois, les estimations de l’Alberta évaluent le coût du nouvel oléoduc, d’une capacité d’un million de barils par jour, entre 35,2 et 43,7 milliards $. Les travaux pourraient débuter dès 2027 et être achevés d’ici 2034.

Un investissement, et non une dépense

Interrogé sur le coût pour les contribuables, le premier ministre a répondu que les sommes investies par les gouvernements devraient être considérées comme un investissement plutôt qu’une dépense, puisque l’oléoduc Trans Mountain existant s’est révélé rentable.

Mme Smith avait auparavant insisté sur la nécessité d’un oléoduc menant à un port situé sur la côte nord de la Colombie-Britannique. Ce projet s’était toutefois heurté à une vive opposition de plusieurs groupes autochtones de la région ainsi que du premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby. Jeudi, Mme Smith a indiqué que le nouveau tracé proposé vers le sud de la province tirerait profit de l’utilisation d’un corridor pipelinier déjà existant.

Aucune entreprise privée ne s’est encore engagée à financer et à construire un oléoduc reliant l’Alberta à la côte. Toutefois, Pembina Pipeline Corp., dont le siège social est à Calgary, a accepté de participer à la construction du nouvel oléoduc en échange d’une participation de 10 % dans le projet.

M. Carney et Mme Smith ont affirmé que la nécessité de construire ce pipeline s’est accentuée au cours des derniers mois, alors que de nombreux pays, confrontés à des perturbations énergétiques découlant de la guerre avec l’Iran, manifestent un intérêt croissant pour le Canada en tant que fournisseur fiable de pétrole. Selon eux, un nouvel oléoduc stimulerait également l’économie canadienne en ouvrant de nouveaux débouchés pour les exportations de pétrole brut vers les marchés asiatiques.

Plusieurs obstacles demeurent toutefois, notamment les consultations à mener auprès des communautés autochtones situées le long du tracé, ainsi que les interrogations concernant les engagements des compagnies pétrolières à utiliser la nouvelle infrastructure et le niveau futur de production des sables bitumineux nécessaire pour assurer sa rentabilité.

Carney conclut un « Accord de prospérité coopérative » avec la Colombie-Britannique

Plus tôt dans la journée, M. Carney avait préparé le terrain pour le projet de pipeline en annonçant un nouvel Accord de prospérité coopérative Canada–Colombie-Britannique, d’une valeur de plusieurs milliards $.

Selon le gouvernement fédéral, cette entente permettra d’accélérer davantage la réalisation de grands projets énergétiques et de corridors commerciaux partout dans la province.

Le programme comprend environ 20 milliards $ destinés aux secteurs de la foresterie, des mines, à l’agrandissement du tunnel Massey et du port de Vancouver dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique, ainsi qu’à d’autres initiatives. Le protocole d’entente conclu avec M. Eby devrait permettre de débloquer plus de 150 milliards $ en nouveaux investissements, selon Ottawa.

Dans un élément clé de sa stratégie d’expansion énergétique dans les deux provinces de l’Ouest, M. Carney a confirmé que l’interdiction fédérale visant les pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique demeurerait en vigueur.

M. Eby a qualifié l’accord Canada–Colombie-Britannique d’entente « historique » et « générationnelle », affirmant qu’il vise à « bâtir le type de province que nous souhaitons… pour les générations à venir ».

À propos du projet d’oléoduc traversant sa province, il a déclaré :

« Nous n’intenterons pas de recours devant les tribunaux pour nous opposer à un projet de pipeline. Nous veillerons plutôt à respecter de bonne foi nos obligations constitutionnelles. »

« Les pipelines relèvent de la compétence fédérale. C’est pourquoi cette entente est importante. Elle garantit le maintien de l’interdiction des pétroliers sur la côte nord. »

Se félicitant de l’entente conclue avec M. Eby, M. Carney a souligné que l’accès aux marchés asiatiques par l’intermédiaire des ports de la Colombie-Britannique constitue un élément essentiel de la stratégie visant à accroître et à diversifier les exportations canadiennes dans un contexte de bouleversement des échanges commerciaux traditionnels.

« La Colombie-Britannique est la pierre angulaire — la porte d’entrée vers un Canada plus prospère, plus durable et plus inclusif », a déclaré le premier ministre. « Cette entente est globale. Elle est ambitieuse. Et elle contribuera à transformer l’ensemble de l’économie canadienne. »


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