Ottawa et l’Alberta annoncent une entente de coopération ouvrant la voie à un éventuel nouveau pipeline
La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, photographiée aux côtés du Premier ministre Mark Carney, a annoncé que les deux gouvernements avaient signé un accord de « mise en œuvre » concernant un nouvel oléoduc. / CAPTURE D'ÉCRAN
Le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont annoncé une nouvelle entente de mise en œuvre visant à diversifier les exportations canadiennes, à réduire les émissions et à renforcer l’économie grâce à d’importants projets énergétiques et d’infrastructures.
Un élément central de l’entente est l’engagement de l’Alberta à soumettre, d’ici le 1er juillet 2026, une proposition complète pour un pipeline de bitume destiné aux marchés asiatiques au Bureau fédéral des grands projets. En retour, le gouvernement fédéral cherchera à faire désigner le projet comme étant d’intérêt national en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada d’ici le 1er octobre 2026. Les deux gouvernements ont indiqué que le processus dépendra des discussions avec la Colombie-Britannique ainsi que du respect de l’obligation de consulter les peuples autochtones.
L’Alberta espère entreprendre la construction du pipeline vers un port de la côte ouest d’ici le 1er septembre 2027, avec une mise en service prévue entre 2033 et 2034. La province deviendra officiellement le promoteur du projet le 1er juillet 2026, bien que les détails concernant le partenaire requis du secteur privé n’aient pas encore été dévoilés.
L’entente est également liée aux discussions en cours concernant le projet de captage et de stockage du carbone de la Pathways Alliance, qu’Ottawa a identifié comme une condition à l’approbation d’un nouveau pipeline. Aucune décision finale n’a encore été arrêtée.
Toutefois, les deux gouvernements ont réaffirmé leur appui au projet Pathways, affirmant qu’il pourrait réduire les émissions de 16 millions de tonnes par année — soit l’équivalent du retrait de 90 % des véhicules des routes albertaines — tout en générant 16,5 milliards $ de PIB, 12,2 milliards $ en revenus de travail et jusqu’à 43 000 emplois annuellement.
Les discussions entre l’Alberta et la Colombie-Britannique au sujet d’un futur pipeline portent également sur les avantages potentiels pour la Colombie-Britannique, lesquels pourraient contribuer aux priorités de la province en matière d’infrastructures.
L’entente comprend un nouveau cadre de tarification du carbone, dans lequel le Canada et l’Alberta conviennent d’un prix effectif du carbone de 130 $ la tonne d’ici 2040. Les jalons intermédiaires prévoient un prix de 115 $ la tonne d’ici 2030 et de 130 $ d’ici 2035.
Les deux gouvernements se sont également entendus sur des cibles annuelles d’émissions plus rigoureuses dans le cadre du système albertain de réduction des émissions et d’innovation technologique (TIER). À compter de 2030, l’Alberta instaurera un prix plancher minimal pour les crédits TIER afin de stabiliser les marchés du carbone et d’offrir davantage de certitude aux investisseurs.
Le Canada et l’Alberta émettront conjointement des contrats carbone pour différence représentant 75 millions de tonnes afin de soutenir les projets de réduction des émissions, les coûts étant partagés à parts égales.
En matière d’électricité, les deux gouvernements ont convenu de travailler à doubler la capacité du réseau électrique albertain d’ici 2050 grâce à l’expansion du nucléaire, de l’éolien, du solaire, de la géothermie et d’autres sources à faibles émissions, tout en maintenant la stabilité du réseau.
Un nouveau Groupe de travail conjoint sur l’électricité déterminera les projets et investissements nécessaires pour atteindre la carboneutralité en Alberta d’ici 2050, notamment par l’appui aux énergies renouvelables, au stockage d’énergie, au transport d’électricité, aux interconnexions, à l’énergie nucléaire et à la géothermie. Les gouvernements se sont également engagés à encourager les investissements dans les énergies renouvelables et à accroître l’approvisionnement en électricité nécessaire au développement de l’intelligence artificielle et des centres de données.
Lors d’une conférence de presse, Mark Carney a rejeté les suggestions selon lesquelles l’appui à un pipeline vers la côte ouest visait à calmer la montée du sentiment séparatiste en Alberta.
« Je suis fermement convaincu que la meilleure place pour l’Alberta est au sein du Canada », a-t-il déclaré, « et certainement au sein d’un Canada qui fonctionne, ce que nous nous efforçons de bâtir. »
Les efforts des mouvements séparatistes visant à tenir un référendum sur l’indépendance cet automne ont subi un revers après qu’une décision judiciaire a annulé l’autorisation accordée par le gouvernement Smith, notamment en raison de consultations jugées insuffisantes auprès des groupes autochtones. Mme Smith a porté cette décision en appel.
