De Red Deer à Rocky Mountain House : Amber Mack parle des entreprises locales
Le Canada rural est « fondamental » pour la croissance économique, particulièrement dans le contexte d’incertitude géopolitique et commerciale auquel le pays est confronté, affirme Amber Mack, récemment nommée directrice générale de Community Futures Central Alberta.
« Le Canada rural n’est pas simplement important pour la croissance économique, il en est un pilier fondamental », a déclaré Mme Mack au Point sur le Canada rural.
« Les collectivités rurales produisent nos aliments, génèrent de l’énergie, fabriquent des produits, gèrent nos ressources naturelles, soutiennent le tourisme et contribuent de plus en plus à l’innovation et aux avancées technologiques. Mais, au-delà de cela, le Canada rural forme des entrepreneurs. Il forme des gens capables de résoudre des problèmes, de bâtir des relations et de créer des occasions là où d’autres ne voient que des défis. »
Selon elle, le Canada rural est souvent négligé et sous-estimé parce qu’on l’évalue en fonction de sa population plutôt que de sa contribution économique.
« Lorsqu’on considère ce que les collectivités rurales apportent à l’économie canadienne, à la sécurité alimentaire, à la sécurité énergétique, aux exportations et à l’innovation, il est clair qu’investir dans le Canada rural, c’est investir dans l’avenir du Canada », a-t-elle déclaré.
Avant de se joindre à Community Futures Central Alberta, Mme Mack occupait le poste de directrice des opérations à la Chambre de commerce de Red Deer et du district, où elle a contribué à renforcer le milieu des affaires de la région. Elle a également été présidente de la Central Alberta Humane Society, membre fondatrice et ancienne vice-présidente de Women for Humane Canada, ainsi que membre fondatrice du Rotary Club of Red Deer Urban Spirits.
Interrogée sur le rôle de Community Futures Central Alberta dans le contexte actuel d’incertitude géopolitique et commerciale pour les entreprises, Mme Mack a répondu que l’organisme joue un rôle « concret ».
« Les stratégies nationales sont importantes, mais la croissance économique se construit ultimement collectivité par collectivité et entreprise par entreprise. Les entrepreneurs ruraux ne bâtissent pas l’économie canadienne dans l’abstrait; ils créent des entreprises à Penhold, Markerville, Olds, Rocky Mountain House, Didsbury, Sylvan Lake et dans les collectivités de toute notre région », a-t-elle expliqué.
Elle affirme que son entrée en fonction s’est faite tout naturellement, puisque la mission de Community Futures correspond à sa conviction profonde de l’importance de l’investissement dans les collectivités.
« Community Futures représente une valeur à laquelle j’ai cru tout au long de ma carrière : des collectivités fortes sont bâties par des personnes prêtes à investir les unes dans les autres. »
Mme Mack rappelle que le programme Community Futures soutient les petites entreprises et la diversification économique des régions rurales depuis 1986 et compte aujourd’hui 267 bureaux partout au pays.
« J’y ai vu l’occasion de me joindre à un réseau national de professionnels dévoués et de contribuer à une organisation jouissant d’une réputation exceptionnelle, dotée d’une équipe talentueuse et d’un mandat qui correspond profondément à mes propres valeurs de collaboration, de saine gestion et d’aide aux collectivités afin qu’elles développent leur propre capacité — un entrepreneur, une entreprise et une idée à la fois. »
Elle s’est entretenue avec Le point sur le Canada rural des défis et des possibilités auxquels font face les collectivités et les entreprises rurales de l’Alberta, de la nécessité d’adopter une perspective rurale dans les politiques publiques et des conseils qu’elle souhaite offrir au secrétaire d’État (Développement rural), Buckley Belanger, dans le cadre de l’élaboration de la Stratégie de développement économique rural.
L’entrevue a été condensée et révisée pour des raisons de longueur.
PCR : Vous avez auparavant occupé le poste de directrice des opérations à la Chambre de commerce de Red Deer et du district. Bien que Red Deer soit considérée comme un centre urbain, il suffit de parcourir une courte distance pour se retrouver dans l’Alberta rurale. Qu’entendiez-vous de la part des chefs d’entreprise quant aux conditions nécessaires à une économie rurale prospère?
AM : Je plaisante souvent en disant que Red Deer est une ville « rurbaine ». Si je devais résumer en un seul mot ce que j’entendais des dirigeants d’entreprise, ce serait la certitude. Plus que presque toute autre chose, les entreprises ont besoin de la confiance nécessaire pour prendre des décisions éclairées en matière d’embauche, d’investissement et de croissance.
Les propriétaires d’entreprise font preuve d’une résilience remarquable, mais il ne faut pas confondre résilience et capacité illimitée. Ils peuvent s’adapter à presque toutes les situations lorsqu’ils comprennent les règles du jeu, ont accès à une main-d’œuvre qualifiée et peuvent prendre des décisions d’investissement éclairées.
Une chose que j’ai apprise, c’est que le développement économique n’est pas une série d’enjeux distincts; c’est un système. Le logement influence la main-d’œuvre. La main-d’œuvre influence l’investissement. L’investissement stimule la croissance des entreprises. L’accès au capital est essentiel, particulièrement dans les petites collectivités. C’est pourquoi la collaboration est si importante : aucune organisation ne peut résoudre ces défis à elle seule.
Un autre enjeu revenait constamment : la difficulté de s’y retrouver dans l’écosystème de soutien aux entreprises. Les entrepreneurs ne veulent pas passer leur temps à déterminer à quelle porte frapper; ils veulent le consacrer au développement de leur entreprise. Plus il sera facile d’accéder au bon soutien au bon moment, meilleurs seront les résultats pour les entrepreneurs, les entreprises et les collectivités.
PCR : Quel est le principal défi auquel sont confrontées les collectivités du centre de l’Alberta? Quelle politique publique permettrait d’y répondre?
AM : À mon avis, l’un des plus grands défis à long terme des collectivités rurales est d’attirer et de retenir la relève.
Trop souvent, les jeunes quittent leur communauté pour poursuivre des études, recevoir une formation ou amorcer leur carrière. Et, honnêtement, c’est ce que nous souhaitons. Nous voulons qu’ils acquièrent des compétences, élargissent leurs horizons et développent leur expérience. Le défi n’est pas qu’ils partent, mais de faire en sorte qu’ils aient de réelles possibilités de revenir s’ils le souhaitent.
Les collectivités rurales ne devraient pas avoir à choisir entre former leurs jeunes et les retenir. Nous avons besoin de politiques qui renforcent l’entrepreneuriat local, soutiennent le transfert d’entreprises et élargissent l’accès à l’éducation et à la formation appliquée par l’entremise d’établissements comme Red Deer Polytechnic et Olds College. Ces établissements constituent des atouts régionaux exceptionnels, et plus nous réussirons à rapprocher l’éducation des possibilités offertes en milieu rural, plus nos collectivités seront fortes.
On parle souvent de croissance démographique comme si elle arrivait naturellement aux collectivités. Pour ma part, je crois que ce sont les collectivités qui la créent. Lorsque les gens peuvent y bâtir une carrière, lancer une entreprise, trouver un logement, élever une famille et contribuer à leur communauté, ils sont beaucoup plus susceptibles d’y rester ou d’y revenir.
Et, honnêtement, c’est précisément là que Community Futures intervient. Oui, nous offrons du financement et des conseils aux entreprises, mais notre mission va bien au-delà. Nous contribuons à créer les conditions qui permettent aux gens de bâtir leur avenir dans les collectivités rurales.
PCR: Quelles sont les principales occasions à saisir? Y a-t-il des aspects qui vous enthousiasment particulièrement?
AM : Le centre de l’Alberta possède déjà tous les ingrédients nécessaires à une réussite durable. Nous avons des entrepreneurs innovants, une agriculture de calibre mondial, un secteur manufacturier avancé, une industrie touristique dynamique, une solide expertise énergétique, une adoption croissante des technologies, d’excellents établissements d’enseignement postsecondaire et des collectivités qui possèdent une longue tradition de collaboration. Ce ne sont pas des aspirations : ce sont des forces déjà bien réelles.
Ce qui m’enthousiasme le plus, c’est de voir ces forces converger. Nous observons une collaboration accrue entre les établissements d’enseignement et l’industrie, davantage d’innovation dans des secteurs traditionnels comme l’agriculture et la fabrication, un nombre croissant de personnes qui choisissent l’entrepreneuriat comme carrière et un plus grand nombre d’organisations qui travaillent ensemble pour soutenir les entreprises plutôt que d’agir en vase clos.
PCR: Le Groupe pour la promotion de la prosperité rurale préconise l’adoption d’une perspective rurale dans les politiques publiques afin que le Canada rural ne soit pas relégué au second plan. Estimez-vous que cette approche est nécessaire?
AM : Absolument. À mes yeux, de bonnes politiques publiques commencent par l’écoute des personnes qui devront vivre avec leurs effets. Il ne s’agit pas de réclamer un traitement de faveur, mais de reconnaître que des réalités différentes exigent des solutions adaptées.
Les collectivités rurales évoluent souvent dans des conditions très différentes de celles des grands centres urbains. La densité de population, les distances, la disponibilité de la main-d’œuvre, le transport, l’accès aux services et la capacité de mettre en œuvre les programmes influencent tous la manière dont les politiques fonctionnent sur le terrain. Reconnaître ces différences ne crée pas d’inégalités; cela permet plutôt d’atteindre les résultats que les politiques visaient à produire.
L’objectif des bonnes politiques publiques devrait toujours être d’assurer des résultats équitables, et non d’appliquer des approches identiques partout. Plus les politiques sont élaborées en fonction des personnes et des collectivités qu’elles touchent, plus elles seront efficaces.
PCR: Que lisez-vous ces jours-ci?
AM : Je lis actuellement Everyday Habits for Transforming Systems: The Catalytic Power of Radical Engagement, d’Adam Kahane, un autre dirigeant du secteur sans but lucratif de notre communauté que je respecte énormément. Je le recommande vivement.
PCR: Le gouvernement travaille actuellement à une Stratégie de développement économique rural. Quel conseil donneriez-vous au secrétaire d’État au Développement rural, Buckley Belanger?
AM : Le gouvernement a déjà franchi une étape importante en reconnaissant que le Canada rural mérite sa propre stratégie de développement économique. La création d’un ministre responsable du Développement économique rural a envoyé un message clair : les enjeux ruraux ne sont pas simplement des enjeux régionaux, ce sont des enjeux économiques d’envergure nationale. Le secrétaire d’État Belanger a maintenant l’occasion de poursuivre sur cette lancée en continuant d’être à l’écoute et en contribuant à élaborer des politiques qui reflètent les réalités des collectivités rurales.
L’une des grandes forces de la stratégie actuelle est qu’elle reconnaît qu’il n’existe pas de solution universelle. Les collectivités rurales connaissent mieux que quiconque leurs forces, leurs défis et leurs possibilités. Les meilleures politiques sont donc celles qui sont élaborées avec les personnes qui auront à les mettre en œuvre et à vivre avec leurs conséquences. Mon conseil est simple : continuez d’écouter.
J’aimerais voir la conversation évoluer d’un discours axé sur le soutien aux régions rurales vers un discours axé sur leur compétitivité. Les collectivités rurales n’ont jamais manqué d’idées, de résilience ni d’esprit entrepreneurial. La prospérité n’est pas quelque chose que les gouvernements livrent aux collectivités; c’est quelque chose que les collectivités créent lorsque les bonnes personnes, les bonnes organisations et les bonnes conditions se réunissent. Les politiques nationales devraient reconnaître ces forces et contribuer à leur épanouissement.
