Le projet de train à grande vitesse Alto pourrait diviser les Canadiens urbains et ruraux

Le train à grande vitesse Alto devrait relier Toronto, Peterborough, Ottawa, Montréal, Laval, Trois-Rivières et Québec. / PHOTO UNSPLASH

Le projet proposé de train à grande vitesse Alto, conçu pour circuler à des vitesses allant jusqu’à 300 km/h entre Québec et Toronto, pourrait creuser un fossé entre les Canadiens urbains et ruraux, car les communautés qui en bénéficieront le feront au détriment de celles qui en assumeront les coûts, estime le sénateur Andrew Cardozo.

« Ma préoccupation est que nous pourrions nous retrouver avec un débat opposant les populations rurales aux populations urbaines », a déclaré Cardozo, membre du Groupe des sénateurs progressistes, lors du débat sur le projet de loi C-15, la Loi d’exécution du budget, le 9 mars. « Les citadins seront les principaux bénéficiaires de ce train à grande vitesse. »

« Un des problèmes est le fait qu’il n’y a pas suffisamment d’information fournie jusqu’à présent par Alto, et lorsque l’on parle d’expropriation à une telle échelle, il y aura forcément des inconvénients, que ce soit pour des exploitations agricoles individuelles ou des communautés entières », a-t-il ajouté.

« Compte tenu des types d’exemptions accordées dans ce projet de loi, comment pouvons-nous nous assurer qu’Alto mène des consultations adéquates auprès des citoyens ? », a-t-il demandé, suggérant également l’utilisation de corridors ferroviaires existants comme solution pour minimiser les perturbations.

La sénatrice Sandra Pupatello, marraine du projet de loi, a répondu en soulignant que des décisions clés, notamment le tracé exact, n’ont pas encore été finalisées.

« Premièrement, il n’y a pas encore de tracé défini », a-t-elle déclaré. « Une fois le tracé déterminé, ils passeront à l’étape suivante, soit la consultation publique. »

L’inquiétude grandit face aux expropriations à venir

Mme Pupatello a ajouté que les mesures d’expropriation prévues dans le projet de loi seraient conformes aux cadres provinciaux existants en Ontario et au Québec, et a cité des projets d’infrastructure antérieurs comme exemples de traitement équitable des propriétaires concernés. Elle a toutefois reconnu l’inquiétude causée par l’incertitude : « Cela n’apportera pas de réconfort, je crois, compte tenu de l’incertitude actuelle, puisque le tracé n’a tout simplement pas été choisi. »

Les préoccupations concernant les répercussions sur l’agriculture ont été reprises par le sénateur Robert Black, qui a demandé comment les agriculteurs devraient se préparer à un projet susceptible de traverser leurs terres.

« Que disons-nous aux agriculteurs qui vivent, possèdent des terres et exploitent des entreprises entre Toronto et Québec… et qui nous disent que ce train à grande vitesse divisera — ou pourrait diviser — leurs fermes, rendant leurs activités non viables sur le plan économique ? », a-t-il demandé.

Mme Pupatello a reconnu cette inquiétude, notant que de nombreux messages qu’elle reçoit proviennent de Canadiens ruraux. « Il pourrait y avoir des avantages pour les grandes populations urbaines, mais les impacts seront certainement ressentis dans nos communautés rurales, là où le train passera réellement », a-t-elle déclaré.

Elle a insisté sur l’importance de consultations significatives une fois le tracé choisi, tout en mentionnant les préoccupations déjà soulevées par des élus locaux quant aux effets des décisions d’infrastructure sur les petites municipalités.

Le sénateur Black a également demandé des garanties quant à l’implication des agriculteurs dans le processus. « Pouvez-vous confirmer que le moment venu, il y aura un dialogue franc, ouvert, honnête et prolongé avec ces personnes qui exploitent actuellement leurs fermes et qui pourraient ne plus être en mesure de le faire à l’avenir ? », a-t-il demandé.

Le projet le plus vaste et le plus complexe d’une génération

Lors d’une réunion du Comité sénatorial des finances nationales le 11 mars, le ministre des Transports Steven MacKinnon a affirmé que le gouvernement consultera les parties concernées.

« Puisqu’il s’agit du projet d’infrastructure le plus vaste et le plus complexe d’une génération, la consultation des communautés locales sera essentielle », a-t-il indiqué. « Le projet vise à minimiser les impacts sur les propriétaires fonciers, tout en reconnaissant les réalités de la construction d’un réseau ferroviaire aussi étendu et complexe. »

Il a précisé que la première série de consultations menées par Alto a généré plus de 26 000 commentaires sur le portail en ligne.

« Le réseau de train à grande vitesse est un investissement dans l’avenir du Canada : il reliera les communautés, créera des dizaines de milliers d’emplois et stimulera une croissance économique considérable », a affirmé MacKinnon. « Notre pays ne peut pas se permettre de manquer cette occasion. »

Au comité, Cardozo a soutenu que le gouvernement avait accordé à Alto un « laissez-passer » pour accélérer le projet. Il a réitéré sa crainte que le débat oppose les résidents ruraux aux citadins.

« Vous, en tant que gouvernement, devez être conscients de cela et vous en préoccuper, car ce type de division peut survenir », a-t-il déclaré à MacKinnon. « Comment vous assurez-vous que les résidents ruraux sont traités équitablement ? »

M. MacKinnon a répondu que les négociations se feront « dans le respect, sur la base d’un vendeur consentant et d’un acheteur consentant », et que l’une des priorités sera d’éviter de « couper les champs ou les fermes en deux ».

« Là où il y a des routes rurales, des accès ou des passages pour la faune ou le bétail, non seulement nous tenterons mais nous ferons en sorte de prévoir des aménagements pour ces besoins », a-t-il déclaré.

« Nous consulterons les communautés avoisinantes, les communautés rurales et d’autres intervenants », a-t-il ajouté. « Que peuvent retirer les résidents ruraux de ce projet ? Je crois qu’ils y verront ce que tous les Canadiens y voient : un projet d’envergure comparable à la Voie maritime du Saint-Laurent, comparable à certains des grands projets d’infrastructure que nous avons réalisés en tant que pays. Ils peuvent imaginer eux-mêmes ou leurs enfants, comme ils se rendent aujourd’hui à un aéroport, se rendre à une station Alto et utiliser ce mode de transport en tant que touristes, gens d’affaires, étudiants ou simplement curieux. Les bénéfices leur reviendront de la même manière que ceux des autres modes de transport aujourd’hui. »


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