Les achats municipaux ont le pouvoir de favoriser l’achat canadien
« Alors que les municipalités cherchent à construire de manière plus durable et efficace, le bois offre des avantages distincts », affirme le chef de la direction de l’Association des produits forestiers, Derek Nighbor.
La foresterie est bien plus qu’une simple industrie ; elle est la pierre angulaire de quelque 300 collectivités canadiennes. Les forêts qui couvrent notre vaste pays ne sont pas seulement une source de beauté naturelle et de loisirs, mais aussi le fondement des emplois locaux, de la croissance économique et d’un développement efficace. Chaque dollar dépensé pour l’approvisionnement en bois constitue un investissement direct dans nos voisins, les petites entreprises et la prospérité canadienne.
Face aux vents contraires du commerce et des marchés, certaines collectivités dépendantes de la forêt à travers le pays connaissent une tendance inquiétante : l’érosion de leur base économique. Les impacts récents du commerce et des marchés sur la foresterie ont entraîné une réduction de la production ou la fermeture d’usines, la suppression d’emplois et une diminution des revenus municipaux.
De nouveaux défis apportent de nouvelles possibilités : celle d’agir sur ce que nous pouvons contrôler. Simplifier la réglementation afin de rendre nos industries plus compétitives, diversifier les marchés d’exportation et faire davantage ici même, au pays, avec des produits cultivés et fabriqués au Canada.
Les municipalités de tout le pays peuvent faire partie de la solution pour améliorer les perspectives du secteur forestier et de ses travailleurs. Elles ont le pouvoir de choisir le bois canadien et les produits à base de fibres de bois pour leurs projets locaux.
Approvisionnement en bois : un moteur économique local
Lorsque les municipalités choisissent de s’approvisionner en bois canadien pour leurs projets publics — qu’il s’agisse de centres communautaires, de bibliothèques, de ponts ou de projets de logements abordables — elles créent un effet d’entraînement qui renforce l’économie à tous les niveaux. L’approvisionnement local signifie des emplois locaux : bûcherons, camionneurs, opérateurs d’usine, charpentiers, constructeurs, ingénieurs et professionnels de toute la chaîne d’approvisionnement en bénéficient. Ce sont des emplois qui ne peuvent être délocalisés, et les salaires gagnés sont dépensés dans les commerces, restaurants et services locaux, multipliant ainsi les retombées dans toute la région.
De plus, soutenir les entreprises piliers du secteur forestier contribue à stabiliser des communautés entières. Les scieries et les usines de transformation du bois sont souvent d’importants employeurs dans les petites villes, soutenant non seulement leurs employés directs, mais aussi les entreprises secondaires et les services publics. De nombreuses familles dépendantes de la forêt comptent également un enseignant, un professionnel de la santé ou un entrepreneur qui joue un rôle essentiel dans la communauté — et cela n’est pas facilement remplaçable lorsque ces familles doivent partir chercher du travail ailleurs. Les pertes d’emplois deviennent des pertes pour la communauté. Un secteur forestier solide signifie une communauté plus forte et plus résiliente.
Construire intelligemment : bois massif et méthodes modernes de construction
Alors que les municipalités cherchent à construire de manière plus durable et efficace, le bois offre des avantages distincts. Les méthodes modernes de construction (MMC), telles que l’utilisation du bois massif, permettent de construire plus grand, plus intelligemment et plus écologiquement que jamais auparavant. Les technologies du bois massif permettent une construction rapide et sécuritaire, une réduction de l’empreinte carbone et des bâtiments esthétiques et durables qui reflètent le patrimoine naturel du Canada.
Cependant, pour adopter pleinement les MMC, les municipalités doivent avoir la capacité de choisir le bois pour divers types d’infrastructures. Cela implique de mettre à jour les codes du bâtiment afin d’intégrer les solutions avancées en bois, de former le personnel municipal et les entrepreneurs aux avantages et aux meilleures pratiques, de garantir des options de financement et d’assurance adaptées à la construction en bois, et de piloter des projets innovants. Chacune de ces étapes contribue à réduire les obstacles et à renforcer la confiance envers le bois comme matériau de choix pour le XXIᵉ siècle.
La communauté de Prince George, en Colombie-Britannique, a saisi cette occasion en construisant le Wood Innovation & Design Centre, un élément marquant du centre-ville. La construction de ce bâtiment a créé 250 emplois locaux en dehors du secteur forestier, et les matériaux issus de sources durables captent plus de 1 000 tonnes métriques de carbone dans le bois.
Le dilemme de la demande et le pouvoir des marchés publics
Pour améliorer sa compétitivité à l’échelle mondiale, le gouvernement fédéral doit collaborer avec les provinces afin de simplifier des réglementations coûteuses et parfois contradictoires concernant les terres forestières. C’est la priorité pour stabiliser le secteur et renforcer la confiance des investisseurs au Canada, tout en respectant les normes environnementales élevées et la gestion durable des forêts.
Du côté de la demande, il faut simplement trouver des moyens d’utiliser davantage de bois ici au pays et d’exporter davantage de produits du bois à l’étranger. Nos scieries, installations de fabrication et travailleurs disposent des capacités et de l’expertise nécessaires, mais sans une demande stable et fiable, il leur est difficile de justifier des investissements ou de maintenir les niveaux d’emploi. C’est là que les marchés publics peuvent être déterminants.
Lorsque les municipalités s’engagent à utiliser du bois dans leurs projets, elles créent une demande stable qui permet aux fabricants locaux de planifier, investir et se développer. Les achats publics envoient un signal clair au marché : le bois est non seulement accepté, mais privilégié pour les infrastructures publiques. Cela donne confiance aux entrepreneurs et aux travailleurs qualifiés, sachant qu’il existe un débouché constant pour leurs produits et leurs compétences.
À Sudbury, en Ontario, les constructeurs de l’immeuble commercial et industriel Cambrian Heights ont constaté que le bois massif était une ressource facilement accessible, permettant de mieux maîtriser les coûts et d’améliorer la performance environnementale de la structure. Au Québec, le bois massif est utilisé dans la construction de centres communautaires essentiels, notamment l’Aanischaaukamikw (Institut culturel cri) à Oujé-Bougoumou, l’aréna du Centre Meredith à Chelsea et le stade de soccer du Complexe environnemental de Saint-Michel à Montréal. En Alberta, le Winsport Arena à Edmonton et le Remington YMCA à Calgary sont d’autres exemples de structures en bois massif servant de piliers communautaires.
Relier l’offre locale à la demande municipale est le chaînon manquant. Les gouvernements à tous les niveaux peuvent combler cet écart grâce à des politiques d’approvisionnement réfléchies, à des processus d’approbation simplifiés favorisant la construction en bois et à des stratégies « priorité au bois » mettant en avant le bois canadien dans les travaux publics. Ces politiques soutiennent non seulement les économies rurales, mais s’alignent également sur les objectifs nationaux en matière de durabilité, d’action climatique et d’accessibilité au logement.
Les leaders municipaux peuvent mener une renaissance rurale
Les municipalités ont une occasion unique — et une responsabilité — de mener une renaissance rurale. En utilisant leur pouvoir pour promouvoir l’approvisionnement local en bois, elles peuvent créer des emplois, soutenir les entreprises clés, encourager la construction durable et redonner vie aux communautés en déclin. Les outils sont à leur disposition : politiques, approvisionnement, formation et innovation.
Les dirigeants municipaux doivent reconnaître le rôle de la foresterie non seulement comme industrie, mais aussi comme catalyseur de renouveau économique et de bien-être communautaire. En construisant avec du bois et en s’approvisionnant localement, nous pouvons assurer que le Canada rural demeure dynamique, résilient et fier — projet par projet.
