L’histoire du succès de la mise de fonds de 1 % à Steinbach démontre le potentiel des solutions adaptées aux réalités locales

« Le Canada rural est la colonne vertébrale de notre pays : ses communautés nourrissent la nation, sont le moteur de notre économie, gèrent nos ressources naturelles et incarnent les valeurs de travail acharné, de résilience et d’innovation qui définissent le Canada », déclare le député conservateur Dave Epp. / PHOTO FACEBOOK

Les stratégies de croissance durable ne peuvent pas être imposées de l’extérieur ; elles doivent commencer par l’écoute des communautés et par un véritable partenariat avec elles, affirme une dirigeante du développement économique rural au Manitoba.

« Personne ne connaît une communauté mieux que la communauté elle-même », a déclaré Margot Cathcart, présidente et cheffe de la direction de la Rural Manitoba Economic Development Corporation (RMED), à Le point sur le Canada rural, ajoutant que le point de départ de toute stratégie économique réussie est « d’écouter et d’apprendre ».

Selon Mme Cathcart, cette philosophie est au cœur de l’approche de la RMED en matière de développement économique axé sur le territoire : élaborer des stratégies fondées sur les forces, les valeurs et les besoins propres à chaque collectivité, plutôt que d’appliquer des politiques uniformes. Elle estime que ce concept gagne en popularité auprès des organismes provinciaux et régionaux de développement économique, après avoir été mis en pratique pendant des années sans porter de nom officiel.

Elle a cité plusieurs exemples locaux de réussite, notamment une initiative en matière de logement à Steinbach, où un promoteur immobilier, un entrepreneur et une coopérative de crédit se sont associés pour résoudre un problème d’accès au logement.

« Ils savaient qu’il y avait un problème de logement. Ce n’était pas parce que les gens ne gagnaient pas suffisamment d'argent pour rembourser un prêt hypothécaire ; c’était parce qu’ils n’arrivaient pas à épargner assez rapidement pour constituer une mise de fonds. Ils ont donc créé des maisons de qualité au prix du marché. Ils n’ont pas réalisé les travaux d’aménagement paysager ni terminé les sous-sols afin de maintenir le prix de vente à un niveau abordable, tout en permettant aux propriétaires d’accroître la valeur de leur maison grâce à leur propre travail. La mise de fonds n’était que de 1 %. Une partie du paiement au vendeur était retenue jusqu’à ce que la propriété atteigne une certaine valeur marchande, après quoi elle pouvait être convertie en un prêt hypothécaire plus traditionnel », a expliqué Mme Cathcart.

Accepter un peu moins pour que la communauté obtienne davantage

Le résultat a été la construction et la vente de près de 500 maisons, sans aucune reprise de possession par les prêteurs.

« Cela exige des communautés et des personnes prêtes à s’engager envers une vision à long terme pour le mieux-être de leur collectivité », a-t-elle fait valoir. « Dans ce scénario, chacun a accepté de recevoir un peu moins afin que l’ensemble de la communauté puisse bénéficier d’un peu plus. »

La RMED a été fondée il y a un peu plus de cinq ans afin de combler une lacune dans les services de soutien au développement économique.

« À l’époque, la province s’est rendu compte qu’il existait des organismes de développement économique qui soutenaient précisément la ville de Winnipeg et le Nord du Manitoba, mais qu’une vaste partie de la province ne bénéficiait d’aucun organisme de soutien », a expliqué Mme Cathcart.

L’organisation définit le Manitoba rural comme l’ensemble du territoire situé au sud du 53e parallèle, à l’exclusion de la ville de Winnipeg proprement dite. La RMED travaille en étroite collaboration avec Winnipeg Economic Development and Tourism dans la région de la capitale ainsi qu’avec le Community Economic Development Fund (CEDF) au nord du 53e parallèle, reconnaissant que « le développement économique ne se limite pas à des lignes tracées sur une carte ».

La RMED collabore avec les responsables locaux du développement économique — qu’il s’agisse de municipalités, d’organismes sans but lucratif indépendants, de communautés autochtones ou d’agences régionales — afin de renforcer les capacités locales.

« Nous offrons essentiellement un service de conciergerie où nous analysons les possibilités et les programmes disponibles afin de déterminer la meilleure façon d’agir », a-t-elle indiqué.

Les données, un « projet de passion »

Parmi les réalisations récentes de la RMED figure un important investissement dans les données et la recherche, que Mme Cathcart qualifie de « projet de passion ».

L’organisation a créé des profils interactifs pour 137 collectivités partout dans la province.

Ces profils reposent sur une méthodologie uniforme utilisant les données les plus détaillées disponibles, ce qui permet aux investisseurs de comparer les collectivités, peu importe où ils souhaitent s’établir au Manitoba. La RMED a depuis élargi cette approche en élaborant des profils régionaux, remplaçant ainsi des rapports statiques qui étaient « dépassés avant même leur publication ».

À long terme, Mme Cathcart souhaite mettre sur pied un Centre d’excellence des données rurales au cours des trois à cinq prochaines années.

Selon elle, le dénominateur commun des collectivités qui réussissent est la constance du leadership local.

« Il faut des dirigeants locaux solides. Il faut de la résilience. Il faut établir une direction claire et ne pas changer constamment de cap simplement parce que les résultats ne sont pas arrivés assez vite », a-t-elle affirmé.

Mme Cathcart reconnaît que la pénurie de main-d’œuvre demeure un enjeu tenace pour les entreprises rurales, mais insiste sur le fait qu’il ne faut pas la considérer isolément.

« Ce n’est pas aussi simple que de dire qu’il faut régler le problème de la main-d’œuvre. Pour y parvenir, il faut tenir compte de toutes les autres dimensions », a-t-elle expliqué, en évoquant notamment la formation, l’immigration, les services de garde, les soins de santé et les loisirs comme des facteurs étroitement liés.

Il est parfois plus facile d’exporter à l’étranger que de vendre dans la province voisine

Les obstacles au commerce interprovincial demeurent également un irritant majeur.

Mme Cathcart affirme qu’il est parfois plus facile pour un producteur alimentaire manitobain d’exporter ses produits à l’étranger que de les vendre dans une province voisine — une situation qui, selon elle, doit changer afin de favoriser la croissance des régions rurales.

Elle a également souligné le succès d’entreprises rurales du secteur des technologies propres qui exportent des produits environnementaux fabriqués au Manitoba partout dans le monde, parfois dans plus de 40 pays. Toutefois, elle estime que des normes réglementaires désuètes, particulièrement en matière d’approvisionnement public, freinent encore certaines de ces innovations.

Son message aux gouvernements confrontés à l’incertitude économique est simple :

« Continuez à collaborer avec les collectivités rurales et à investir dans les éléments fondamentaux qui soutiennent une croissance durable à long terme », a-t-elle proposé.

« J’ai l’impression qu’une nouvelle génération souhaite véritablement contribuer à la construction du pays, et c’est important. Mais cela exigera de la collaboration, de l’engagement et des gens capables de travailler ensemble, peu importe leurs allégeances politiques », a-t-elle conclu. « Je suis optimiste. »


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