Où le Canada rural et nordique s'inscrit-il dans cette démarche d’investissement ?
Le premier Sommet sur l’investissement au Canada reposait sur un objectif ambitieux : attirer des centaines de milliards $ de nouveaux investissements et transformer ces capitaux en emplois, en infrastructures, en productivité et en croissance économique à long terme.
Il y a beaucoup de raisons de s’en réjouir.
Le sommet a réuni à Toronto des gouvernements et des dirigeants d’entreprise afin de présenter des projets dans les secteurs des minéraux critiques, de l’énergie, de l’intelligence artificielle, des infrastructures et de l’agriculture. Le gouvernement fédéral a présenté un portefeuille de 167 projets, tandis que les provinces ont mis de l’avant leurs propres possibilités d’investissement. À la fin du sommet, le gouvernement fédéral a déclaré avoir obtenu des engagements représentant près de 500 milliards $ de nouveaux investissements.
Ce sont des chiffres importants. Ils montrent qu’il existe un intérêt considérable pour le potentiel économique du Canada.
Mais une autre question mérite d’être posée : quelle place le Canada rural et nordique occupe-t-il dans cette démarche d’investissement ?
Comme l’a souligné l’ancienne députée de l’Assemblée législative de l’Alberta Donna Kennedy-Glans dans une tribune, le sommet a oublié des régions comme Sudbury, dans le Nord de l’Ontario. Neuf mines en exploitation et deux fonderies sont situées dans la ville, le minerai étant transporté par camion vers des installations de traitement. La collectivité contribue à soutenir des industries qui sont au cœur de la stratégie canadienne sur les minéraux critiques, mais elle doit tout de même assumer les coûts quotidiens liés à l’entretien des routes et à d’autres défis locaux.
« Si le Canada veut les minéraux, il peut décider si la ville qui possède déjà les mines, les fonderies et le savoir-faire acquis par l’expérience est un partenaire — ou simplement une ville hôte en difficulté qui maintient les routes ouvertes pendant que les revenus tirés des ressources quittent la ville », écrit-elle.
Le sommet n’a pas complètement ignoré les possibilités économiques rurales.
L’agriculture était représentée par des projets mis de l’avant par plusieurs provinces. Le Manitoba a présenté une expansion de serre de 205 millions $ , une usine de trituration du soja proposée et un projet de carburant d’aviation durable. L’Ontario a mis de l’avant le projet de phosphate Martison proposé près de Hearst, qui pourrait contribuer aux chaînes d’approvisionnement en engrais, en phosphate industriel et en minéraux pour batteries. La Saskatchewan et l’Alberta ont également insisté sur l’agriculture, l’agroalimentaire et la transformation à valeur ajoutée.
Ces projets sont importants parce qu’ils montrent à quoi peut ressembler l’investissement rural lorsque le Canada va au-delà de la simple production de matières premières et se concentre sur la création de valeur.
Une récolte de soja peut soutenir des emplois dans la transformation. La production agricole peut alimenter les industries de transformation des aliments. Le phosphate peut contribuer aux chaînes d’approvisionnement en engrais. Les produits renouvelables et agricoles peuvent servir d’intrants à de nouvelles industries énergétiques.
C’est une bonne nouvelle pour le Canada rural.
Mais cela met aussi en évidence ce qui pourrait manquer dans la conversation nationale.
Les annonces d’investissement ne sont qu’une partie de l’équation. Une nouvelle mine nécessite des routes. Une installation de transformation a besoin d’électricité, d’eau et de transport. L’expansion agricole dépend des réseaux de transport, des infrastructures énergétiques et de l’accès aux marchés. Les nouveaux projets industriels peuvent également exercer une pression supplémentaire sur le logement et les services municipaux.
Ces coûts sont souvent assumés localement, même lorsque les retombées économiques s’étendent à l’ensemble du pays.
Si le Canada veut attirer des capitaux à l’échelle envisagée par le sommet, il doit également veiller à ce que les collectivités qui accueillent ces investissements aient la capacité de les soutenir.
Le véritable test du succès du sommet sera de voir ce qui est réellement construit, où cela est construit, qui en bénéficie et si les collectivités environnantes sont en mesure de soutenir cette croissance.
Le Canada rural et nordique ne devrait pas être considéré simplement comme un endroit où se trouvent des ressources. Il est un partenaire de l’économie nationale.
Le Sommet sur l’investissement au Canada a envoyé un message important au monde : le Canada est ouvert à l’investissement et prêt à construire.
La prochaine étape devrait être de veiller à ce que l’histoire de l’investissement dépasse les salles de conseil.
L’avenir économique du Canada sera certainement façonné sur les marchés financiers et dans les bureaux des entreprises. Mais il le sera aussi sur les routes rurales, aux portes des fermes, dans les mines du Nord et dans les usines de transformation qui font tourner l’économie du pays.
Si le sommet réussit à attirer davantage de capitaux au Canada, c’est une bonne nouvelle.
Veiller à ce que les collectivités rurales et nordiques soient en mesure de bénéficier de ces investissements et de les soutenir est tout aussi essentiel à la croissance économique future du Canada.
