Ottawa donne son feu vert à l’oléoduc Pacific Link, mais les coûts et les pénuries de main-d’œuvre posent des défis

« Le gazoduc Pacific Link ouvre de nouveaux marchés en Asie, ce qui nous aidera à doubler nos exportations hors des États-Unis au cours de la prochaine décennie », déclare Tim Hodgson, ministre des Ressources naturelles et de l’Énergie. / PHOTO TWITTER

La construction de l’oléoduc Pacific Link pourrait commencer dès septembre 2027, créant 140 000 emplois et ouvrant de nouveaux marchés asiatiques au pétrole canadien, a annoncé le premier ministre Mark Carney. Toutefois, un économiste de premier plan prévient que la hausse des coûts, les pénuries de main-d’œuvre et les retards de construction pourraient compromettre l’échéancier ambitieux du projet.

« C’est Équipe Canada à l’œuvre », a déclaré M. Carney lors d’une conférence de presse à Fort McMurray, en Alberta, aux côtés de la première ministre Danielle Smith, alors que le gouvernement fédéral désignait officiellement Pacific Link comme un projet d’intérêt national.

L’oléoduc de 1 200 kilomètres, qui relierait Bruderheim, en Alberta, à Delta, en Colombie-Britannique, permettrait d’acheminer un million de barils de pétrole supplémentaires par jour vers les marchés asiatiques, réduisant ainsi la dépendance du Canada envers les États-Unis, qui reçoivent actuellement 90 % du pétrole albertain.

Ottawa estime que le projet coûtera entre 35 et 43 milliards $, générera 20 milliards $ de PIB annuel et rapportera 100 milliards $ en recettes publiques d’ici 2060. Son achèvement est prévu en 2032-2033.

Patrick Bryden, responsable mondial de la recherche à l’Institut de croissance de la Banque Scotia, a qualifié cette désignation de « feu vert clignotant » pour les investisseurs.

« Le signal envoyé aux marchés financiers mondiaux est que le Canada est ouvert aux affaires, que nous sommes capables de réaliser de grands projets et que nous pouvons le faire de manière efficace et responsable », a déclaré M. Bryden à Falice Chin, cheffe du bureau albertain de The Hub, lors du balado Growth Lens.

Toutefois, les modèles de la Banque Scotia font ressortir d’importantes incertitudes quant aux coûts et aux échéanciers.

Selon son scénario de référence, la construction commencerait à l’automne 2028, coûterait 44 milliards $ et se terminerait en 2034. Un scénario optimiste prévoit des coûts de 35 milliards $ et un début des travaux un an plus tôt, tandis qu’un scénario défavorable envisage des coûts atteignant 66 milliards $ et un achèvement repoussé à 2037.

M. Bryden a cité les dépassements de coûts considérables du projet d’agrandissement de Trans Mountain comme exemple à ne pas négliger. Les pénuries de main-d’œuvre, les conditions météorologiques extrêmes, les exigences environnementales et la concurrence d’autres grands projets pourraient faire grimper les dépenses.

La Banque Scotia estime qu’environ 350 milliards $ seront investis dans de grands projets d’ici 2045, les investissements annuels devant atteindre un sommet d’environ 40 milliards $ en 2028 et en 2029.

« Cela signifie qu’il y aura une demande très importante de travailleurs spécialisés, de matériaux et d’équipements », a déclaré M. Bryden.

La participation des peuples autochtones sera également essentielle. Ottawa affirme que les consultations ont mobilisé plus de 130 communautés autochtones, tandis que le projet Pacific Link devrait offrir aux communautés autochtones admissibles une participation d’au moins 10 % dans sa propriété.

Par ailleurs, Ottawa s’est engagé à investir 10 milliards $ dans l’agrandissement du terminal de Roberts Bank et 1,2 milliard $ dans des initiatives de protection et de sécurité maritimes, notamment la conservation, le renforcement des capacités de la Garde côtière et la gestion environnementale assurée par les peuples autochtones.

M. Carney a indiqué que le gouvernement souhaite établir les conditions du projet d’ici septembre 2027, tout en accordant la priorité à l’acier, aux travailleurs et aux fournisseurs canadiens.

Selon M. Bryden, la viabilité commerciale du projet dépendra en définitive de l’obtention d’engagements à long terme de la part des producteurs pétroliers, de droits de transport concurrentiels et d’une répartition claire des responsabilités financières en cas de dépassement des coûts.

Malgré ces défis, il estime que les possibilités sont considérables.

« C’est une industrie d’envergure. Elle crée beaucoup d’emplois. Elle peut générer d’importants gains de productivité et de prospérité, et je crois que nous pouvons y parvenir de manière responsable. »


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