Alors qu’une forte majorité d’Albertains ont voté pour rester au sein du Canada lors du référendum du 19 octobre, deux circonscriptions rurales se sont prononcées de justesse en faveur de la tenue d’un autre scrutin sur l’indépendance, mettant en lumière des frustrations liées à la représentation politique et à l’incertitude économique.
Dans la circonscription de Rimbey—Rocky Mountain House—Sundre, 51,1 % des électeurs ont appuyé la tenue d’un deuxième référendum contraignant sur la séparation. Dans celle de Central Peace—Notley, située dans le nord-ouest de l’Alberta, cet appui a atteint 50,7 %.
À l’échelle provinciale, plus de 76 % des électeurs ont voté pour rester au sein du Canada, l’opposition à un autre référendum étant particulièrement forte à Edmonton.
Pour Paul McLauchlin, préfet du comté de Ponoka, les résultats témoignent d’une frustration croissante chez les résidents des régions rurales, qui se sentent exclus des processus décisionnels politiques.
« Ils ont l’impression de ne pas être représentés, et c’est le sentiment qui règne dans toute cette région. Ils estiment ne pas avoir voix au chapitre, ni à Edmonton ni à Ottawa », a fait valoir M. McLauchlin à CTV News Edmonton.
« Ils croient qu’ils n’ont plus leur place dans cette nouvelle économie. Ils se sentent laissés pour compte. Ils ont l’impression que leur mode de vie est attaqué, et il faut donc prêter attention à leurs préoccupations. »
Malgré les résultats serrés dans ces deux circonscriptions, la plupart des communautés rurales ont voté contre la tenue d’un autre référendum.
« Dans presque toutes les régions de la province, l’appui au maintien dans le Canada est plus élevé que celui à la tenue d’un deuxième référendum », a déclaré Lori Williams, politologue à l’Université Mount Royal, au Calgary Herald.
Mme Williams a toutefois précisé qu’appuyer un autre référendum ne signifiait pas nécessairement être favorable à l’indépendance. Selon elle, certains électeurs souhaitaient plutôt envoyer un message à Ottawa sur la nécessité d’améliorer les relations fédérales-provinciales.
En réaction aux résultats, le premier ministre Mark Carney déclarait : « C’est un excellent résultat pour le Canada. Je suis ravi que les Albertains aient choisi l’unité. »
Il a ajouté : « Ils ont choisi de bâtir ensemble. Ils ont choisi de continuer à prendre soin les uns des autres et d’avancer ensemble avec détermination et de grandes ambitions. »
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a affirmé qu’elle « respecterait » le résultat et qu’elle ne déclencherait pas d’autre référendum sur la séparation pendant son mandat.
« Il est temps d’aller de l’avant ensemble, en tant qu’Alberta forte et libre au sein d’un Canada uni », a-t-elle déclaré.
S’adressant aux électeurs qui ont voté en faveur d’un référendum contraignant, Mme Smith a ajouté : « Je reconnais les frustrations légitimes que vous avez ressenties, particulièrement pendant les années de la coalition libérale-néo-démocrate de Justin Trudeau. Ne vous y trompez pas : vous, tout comme vos concitoyens albertains qui ont voté pour rester au sein du Canada, avez grandement contribué à faire évoluer l’orientation du pays pour le mieux. »
