La nouvelle dirigeante des PLC, AcMoody, appelle à un soutien commercial « ferme » face aux pressions liées à l’ACEUM

Annie AcMoody, la nouvelle PDG de Dairy Farmers of Canada, affirme que l'élevage laitier est « essentiel » pour les régions rurales du Canada et constitue « un puissant moteur économique pour ces régions ». / PHOTO DFC

La nouvelle cheffe de la direction des Producteurs laitiers du Canada (PLC) demande au gouvernement fédéral de demeurer « ferme » dans son appui à la gestion de l’offre, alors que le secteur évolue dans un environnement commercial mondial de plus en plus instable.

« Tous les partis ont exprimé leur soutien à la gestion de l’offre, tout comme le premier ministre. Il sera important de maintenir cette voix unifiée dans les discussions commerciales, car nous savons que la stabilité est essentielle lorsqu’il s’agit de planifier l’avenir », a déclaré Annie AcMoody, qui a pris ses fonctions en février, au Point sur le Canada rural. « C’est un élément que nous devons absolument maintenir au clair dans les discussions à venir. »

Cet appel survient alors que les producteurs laitiers canadiens et le gouvernement font face à des pressions croissantes de la part des États-Unis pour autoriser davantage d’importations de produits laitiers dans le cadre de la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises qualifié le système canadien de gestion de l’offre d’irritant commercial.

À l’approche de la révision de l’ACEUM, Mme AcMoody a souligné que la cohérence et le partenariat entre le gouvernement et l’industrie seront essentiels. « Il y a toujours des défis, mais il est difficile de ne pas mentionner l’instabilité géopolitique actuelle. Cela exerce une pression importante sur les producteurs laitiers canadiens, car ils en entendent parler constamment dans les médias. Mais cela s’applique probablement aussi aux agriculteurs partout au pays. »

Avant de devenir cheffe de la direction, Mme AcMoody a travaillé plus de cinq ans chez les PLC, notamment comme vice-présidente, Politiques et commerce. Elle compte 20 ans d’expérience en politiques et en analyse économique dans le secteur laitier, tant au Canada qu’aux États-Unis. Avant de se joindre aux PLC, elle a été pendant dix ans directrice de l’analyse économique chez Western United Dairies, une association représentant les producteurs laitiers de Californie.

Selon Statistique Canada, le nombre de fermes laitières est passé de 12 007 en 2014 à 9 256 en 2024, soit une diminution annuelle moyenne d’environ 2,6 %.

Mme AcMoody a affirmé que cette tendance à la consolidation n’est pas alarmante, la replaçant dans un contexte international. « Comparativement à d’autres juridictions, c’est en fait un taux beaucoup plus faible — aux États-Unis, pour la même période, la baisse est d’environ 6 %, et en Australie, elle est près de 5 %. »

La gestion de l’offre soutient la résilience des petites fermes

Elle attribue à la gestion de l’offre le ralentissement de cette consolidation. « Grâce à la stabilité offerte par le système, les petites fermes peuvent demeurer plus résilientes, et nous savons qu’elles jouent un rôle clé dans les communautés rurales », a-t-elle expliqué.

Au-delà de la ferme, Mme AcMoody a insisté sur l’empreinte économique plus large du secteur. « Le secteur laitier a contribué à hauteur de 28 milliards  $ au PIB en 2023 », a-t-elle indiqué, ajoutant que l’industrie soutient environ 270 000 emplois équivalents à temps plein dans l’ensemble de la chaîne de valeur.

Selon elle, la production laitière est « essentielle » pour le Canada rural. « C’est un moteur économique très puissant pour les régions rurales.

« Lorsque les fermes rurales sont solides, cela soutient le concessionnaire d’équipement local, la banque, les vétérinaires — de nombreuses personnes prospèrent lorsque le secteur laitier se porte bien », a-t-elle déclaré. « Ce n’est pas seulement une industrie traditionnelle, c’est aussi un pilier important de la prospérité canadienne. »

Malgré les défis commerciaux, Mme AcMoody affirme que sa priorité demeure le long terme dans ses nouvelles fonctions. « Il y a certainement de nombreuses priorités, mais la stabilité et la croissance à long terme du secteur sont les plus importantes. Mener la révision de l’ACEUM et le commerce international en général — dans le contexte géopolitique actuel — est au cœur de nos préoccupations », a-t-elle dit. « Nous travaillons également sur notre feuille de route en matière de durabilité afin d’aider les producteurs à transformer les attentes environnementales en avantage concurrentiel pour le lait canadien. C’est un processus à long terme, mais nous cherchons des moyens concrets d’aider les agriculteurs sur le terrain à continuer de s’améliorer. »

Les propos qui suivent ont été modifiés pour plus de clarté.

RR : Vous avez mentionné l’incertitude géopolitique et commerciale. Quel est, selon vous, le rôle du secteur laitier pour assurer la croissance économique, la productivité et la stabilité en cette période ?

AA : Les discussions autour de la sécurité alimentaire et de la souveraineté alimentaire sont au premier plan pour les Canadiens. Notre secteur peut contribuer à renforcer notre autonomie alimentaire stratégique. En produisant notre propre nourriture ici, nous protégeons les Canadiens contre les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. C’est une force et un rôle que le secteur laitier peut jouer. La stabilité du système offre une base économique prévisible année après année. Nous contribuons davantage au PIB canadien, ce qui favorise les investissements à long terme dans la planification et les infrastructures rurales, soutenant ainsi les emplois locaux.

RR : On parle beaucoup de l’IA et de son impact sur tous les secteurs. Comment les producteurs laitiers innovent-ils dans ce contexte ?

AA : Je ne sais pas quel était le mot à la mode l’an dernier, mais aujourd’hui tout le monde en parle. Les agriculteurs ont toujours réfléchi à la technologie pour améliorer leurs processus. Dans l’ensemble, notre secteur a déjà beaucoup progressé grâce à l’automatisation. Il existe des systèmes de traite automatisés et des données alimentées par l’IA pour surveiller en temps réel la santé animale et la qualité. Cette tendance va continuer de s’accélérer. L’innovation nous permet d’utiliser moins de ressources tout en maintenant une production de haute qualité, et elle renforce la résilience du secteur.

RR : Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus actuellement ?

AA : Il y a plusieurs facteurs qui nous tiennent en alerte. L’imprévisibilité venant du sud de la frontière en est un majeur. L’incertitude fait désormais partie de notre réalité et le restera probablement pendant quelques années. S’assurer d’être prêts pour la révision de l’ACEUM et que les producteurs disposent de la stabilité nécessaire pour planifier l’avenir est essentiel.

RR : Quelles sont les occasions à venir pour le secteur laitier ? Qu'est-ce qui vous enthousiasme ?

AA : Le secteur jouit d’un fort attrait auprès des consommateurs. Le fait de soutenir la sécurité et la souveraineté alimentaires est très positif, et notre démarche en matière de durabilité renforce la confiance. Le Canada peut devenir un chef de file mondial, une référence en matière de production laitière de haute qualité et traçable. Nous disposons d’un excellent système, et en tirer parti représente une grande opportunité pour l’avenir.

RR : Quel est votre produit laitier préféré ?

AA : C’est une question piège. J’y ai réfléchi souvent, mais je dirais le lait — c’est le compagnon parfait pour mon espresso du matin.


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