Le gouvernement fédéral investit 100 millions $ pour accroître la production alimentaire dans les régions rurales et nordiques du Canada

« La souveraineté d’un pays dépend de sa capacité à se nourrir, à s’approvisionner en énergie et à se défendre », a déclaré le premier ministre Mark Carney lors du lancement de la stratégie, le 11 juin. / TWITTER PHOTO

Les régions rurales du Canada bénéficieront d’un investissement de 100 millions $ visant à accroître la production alimentaire locale dans le cadre de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire du gouvernement fédéral. Cette initiative vise à réduire la dépendance du Canada aux aliments importés, à renforcer les capacités de transformation nationales et à améliorer l’accès à des produits alimentaires abordables.

« La souveraineté d’un pays dépend de sa capacité à se nourrir, à s’approvisionner en énergie et à se défendre », a déclaré le premier ministre Mark Carney lors du lancement de la stratégie, le 11 juin. « À l’heure actuelle, nous ne contrôlons pas pleinement notre système alimentaire. Une trop grande dépendance nous a rendus vulnérables aux chocs mondiaux, aux conflits, aux sécheresses et aux tarifs douaniers. Cette stratégie vise à changer cette réalité. Il s’agit de redonner aux Canadiens le contrôle sur ce que nous cultivons, ce que nous achetons et ce que nous mettons sur notre table. »

Le financement, réparti sur sept ans, permettra « d’aider les collectivités rurales et nordiques à élaborer et à mettre en œuvre des solutions adaptées à leurs défis particuliers », indique la stratégie.

Elle souligne également que : « Les carrefours alimentaires sont particulièrement importants dans les régions rurales et éloignées, notamment dans les collectivités nordiques et arctiques, car ils permettent de surmonter les longues distances et les coûts élevés de transport en regroupant l’offre locale, en réduisant les pertes et en améliorant l’accès fiable à des aliments frais produits localement. »

La stratégie présente l’abordabilité des aliments à la fois comme un enjeu économique et de souveraineté nationale. Elle soutient qu’une trop grande part de la production agricole canadienne est exportée pour être transformée puis revendue aux Canadiens, tandis que de nombreuses collectivités — particulièrement à l’extérieur des grands centres urbains — paient des prix gonflés pour des aliments qui parcourent des milliers de kilomètres avant d’arriver sur les tablettes.

Le Conseil des viandes du Canada a accueilli favorablement la stratégie, tout en soulignant qu’elle ne fournit pas de détails sur les mesures visant à résoudre les pénuries de main-d’œuvre dans les secteurs de l’alimentation et de l’agriculture.

« De nombreux transformateurs de viande partout au Canada sont incapables de fonctionner à pleine capacité en raison de pénuries persistantes de main-d’œuvre », a déclaré son chef de la direction, Kyle Larkin. « Cela nuit non seulement à la production actuelle et aux objectifs du Canada en matière de sécurité alimentaire, mais limite également les investissements prévus pour l’expansion des installations. »

La stratégie, qui prévoit des investissements de 3 milliards $ sur dix ans, s’articule autour de quatre objectifs principaux :

Stimuler la concurrence dans le secteur de l’alimentation et offrir davantage de choix aux Canadiens

  • Investir 1 milliard $ dans les infrastructures alimentaires afin de construire de nouveaux terminaux et carrefours alimentaires ou d’agrandir ceux existants, permettant ainsi aux épiciers indépendants d’acheter et de distribuer des produits à prix concurrentiels sans dépendre des grandes chaînes de distribution.

  • Accorder près de 130 millions $ au Bureau de la concurrence et au Tribunal de la concurrence afin d’enquêter sur les pratiques anticoncurrentielles, de les prévenir et de les combattre.

Accroître la production alimentaire canadienne

  • Lancer un nouveau Fonds de financement des projets agroalimentaires de 1 milliard $, administré par Financement agricole Canada (FAC), afin de fournir du capital de démarrage aux entreprises qui souhaitent accroître leurs capacités de transformation alimentaire.

  • Créer un Fonds pour la sécurité alimentaire de 150 millions $ afin d’aider les petites et moyennes entreprises à moderniser leurs équipements pour produire, cultiver et transformer davantage d’aliments au Canada.

  • Mettre en place un Fonds collaboratif d’innovation alimentaire de 100 millions $ pour soutenir les producteurs dans l’expansion de la transformation agroalimentaire.

Accroître la production annuelle de fruits et légumes

  • Investir 750 millions $ pour augmenter considérablement la production canadienne de fruits et légumes à longueur d’année, notamment grâce aux serres, aux fermes verticales et à d’autres environnements de culture contrôlés.

Réduire les formalités administratives dans toute la chaîne d’approvisionnement agricole

  • Moderniser les principaux règlements, accélérer les approbations relatives aux semences, aux aliments pour animaux, aux engrais et aux produits vétérinaires, et réduire les retards administratifs qui ralentissent le système afin d’alléger le fardeau réglementaire des agriculteurs et des producteurs.

  • Aider les entreprises alimentaires titulaires d’un permis provincial à satisfaire aux exigences fédérales afin qu’un produit fabriqué dans une province ou un territoire puisse plus facilement être commercialisé ailleurs au Canada.

Mark Carney a souligné qu’un Canadien sur neuf travaille dans le secteur agroalimentaire, un des plus importants exportateurs au monde.

« Nos agriculteurs, nos éleveurs et nos producteurs exportent plus de 100 milliards $ de produits chaque année. Nous sommes le plus grand producteur mondial de canola et fournissons près du quart de l’offre mondiale, grâce au travail remarquable de nos agriculteurs partout au pays, notamment dans les Prairies », a-t-il déclaré. « Nous sommes une superpuissance agricole, mais pour la plupart des Canadiens, cela ne se reflète pas à la caisse de l’épicerie. »

Les Producteurs laitiers du Canada (PLC) ont également accueilli favorablement la stratégie, soulignant que la gestion de l’offre est « essentielle à l’autosuffisance canadienne en matière de produits laitiers, d’œufs et de volaille à des prix stables ».

Les PLC ont également indiqué que l’accélération des approbations relatives aux semences, aux aliments pour animaux, aux engrais et aux produits biologiques vétérinaires contribuera à accroître la productivité, la compétitivité et l’innovation.

« Dans un contexte mondial marqué par une incertitude croissante des relations commerciales, les producteurs laitiers canadiens sont fiers de continuer à jouer un rôle fondamental dans le maintien d’un système alimentaire solide et résilient en assurant un approvisionnement stable en produits laitiers nutritifs et de grande qualité issus des fermes canadiennes », a déclaré le président des PLC, David Wiens.

Les Producteurs de fruits et légumes du Canada (PFLC) ont également souligné que l’accès rapide aux intrants agricoles, comme les engrais et les produits de lutte antiparasitaire, est essentiel pour demeurer compétitifs à l’échelle mondiale, gérer les ravageurs et les maladies, et accroître les rendements.

« Les producteurs appuient des décisions réglementaires rigoureuses fondées sur la science afin de protéger la santé humaine, la sécurité alimentaire et l’environnement », a déclaré le président des PFLC, Marcus Janzen. « Toutefois, le système réglementaire canadien doit également reconnaître les réalités pratiques de la production alimentaire et l’importance de maintenir l’accès aux outils dont les producteurs ont besoin pour produire des aliments de manière durable. »

Concernant la réduction des formalités administratives et la modernisation des règlements, M. Carney a déclaré :

« Pour bâtir le système alimentaire que les Canadiens méritent, nous devons cesser de nous imposer nous-mêmes des obstacles. Nous moderniserons les principaux règlements afin que la sécurité alimentaire et l’abordabilité soient prises en compte au même titre que la sécurité. »

Tyler McCann, directeur général de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires, a indiqué que, bien que le Canada jouisse d’une bonne sécurité alimentaire, il demeure exposé à certains risques. S’exprimant devant le Comité permanent de l’agriculture de la Chambre des communes avant la publication de la stratégie, il a souligné l’importance de reconnaître les pressions que subit actuellement le secteur en raison de l’instabilité du commerce mondial.

« Un système fiable, durable et sécuritaire est un système dans lequel les aliments traversent de plus en plus les frontières, sont produits de façon de plus en plus innovante et dans des systèmes de plus en plus concentrés, mais qui est également confronté à une volatilité et à des risques croissants », a-t-il déclaré dans son allocution d’ouverture.

Il a formulé cinq recommandations au comité :

  • Faire évoluer l’approche de gestion des risques afin d’offrir davantage de choix aux exploitations agricoles ;

  • Renforcer l’innovation agricole grâce à une stratégie nationale d’innovation agroalimentaire ;

  • Éliminer les tarifs sur les engrais et sécuriser l’approvisionnement en intrants essentiels ;

  • Soutenir les infrastructures de transport ;

  • Utiliser les mécanismes d’approvisionnement public pour favoriser la production canadienne, notamment par l’intermédiaire du Programme national d’alimentation scolaire.

Dans un communiqué, les Producteurs laitiers du Canada ont fait valoir que « l’engagement visant à promouvoir les aliments canadiens dans les marchés publics constitue une étape importante pour renforcer les chaînes d’approvisionnement nationales et soutenir les agriculteurs et les transformateurs canadiens ».

Pour sa part, la Fédération canadienne de l’agriculture a soutenu que la stratégie doit être mise en œuvre de manière transversale.

« La sécurité alimentaire ne peut être assurée par un seul ministère ou programme. Elle nécessite une approche coordonnée à l’échelle de l’ensemble du gouvernement, harmonisant les politiques relatives au transport, au commerce, à l’environnement, à l’innovation, à la main-d’œuvre et aux finances afin de soutenir un secteur agroalimentaire résilient et compétitif », a indiqué la FCA dans un communiqué.


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