Les négociations avec le Mercosur menacent l’industrie bovine canadienne
UNSPLASH PHOTO
Selon des députés conservateurs, un accord de libre-échange avec des pays d’Amérique du Sud pourrait menacer les producteurs de bœuf canadiens et les collectivités rurales.
Dans le contexte des négociations entourant un accord commercial entre le Canada et le Mercosur — regroupant l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay — les agriculteurs canadiens s’inquiètent des répercussions potentielles sur les économies locales, a déclaré Alex Ruff, député de Bruce—Grey—Owen Sound (Ontario).
« Les producteurs de bœuf ont publiquement exprimé leurs préoccupations concernant les négociations en cours avec le Mercosur », a-t-il relaté lors de la période des questions du 6 mai. « Ils ont déclaré : “Cela ne nuira pas seulement aux agriculteurs — cela affaiblira les collectivités rurales et réduira la capacité du Canada à produire sa propre nourriture. [...] En Ontario [...] où la majorité du bœuf importé entre sur le marché, les conséquences pour les producteurs locaux seraient graves.” Les producteurs canadiens de bœuf attendent un meilleur accès aux marchés mondiaux. Le gouvernement libéral ne devrait-il pas privilégier l’accès aux marchés d’exportation à l’étranger plutôt que de déplacer l’industrie bovine canadienne sur son propre territoire? »
En réponse, Yasir Naqvi, secrétaire parlementaire du ministre du Commerce international, a affirmé que le gouvernement travaille avec l’industrie afin que sa voix soit entendue à la table des négociations.
« Nous vivons une période d’incertitude et notre priorité est de créer davantage d’occasions pour les entreprises canadiennes, y compris nos agriculteurs qui travaillent fort, afin qu’elles puissent exporter partout dans le monde », a-t-il déclaré. « Nous collaborons étroitement avec nos agriculteurs. Nous collaborons étroitement avec nos industries. Nous écoutons leurs points de vue et nos négociations refléteront les besoins des Canadiens afin de créer des emplois bien rémunérés pour tous les Canadiens. »
Le député conservateur John Barlow, qui représente la circonscription de Foothills (Alberta), a également soulevé la question, affirmant que le gouvernement libéral « échoue constamment à défendre les agriculteurs dans les différends commerciaux ».
Il a ajouté : « Les exportations canadiennes de bœuf et de porc vers l’Europe et le Royaume-Uni sont tombées à zéro l’an dernier, pourtant les libéraux se précipitent vers un accord avec le Mercosur malgré les risques pour les secteurs du bœuf, du porc et de la volaille au Canada. Les pays du Mercosur ne respectent pas nos normes en matière de santé animale, de salubrité alimentaire ou d’environnement. Pourquoi les libéraux s’empressent-ils de conclure un accord qui met en péril notre sécurité alimentaire, la salubrité de nos aliments et les agriculteurs canadiens? »
Le député conservateur Steven Bonk, représentant la circonscription de Souris—Moose Mountain (Saskatchewan), a pour sa part souligné que l’industrie bovine canadienne figure parmi les meilleures au monde.
« Nos éleveurs ont développé une génétique bovine de calibre mondial grâce à des générations de travail acharné, à des normes strictes de santé animale et à certains des systèmes de traçabilité les plus rigoureux de la planète. Or, les libéraux envisagent maintenant un accord commercial avec le Mercosur qui pourrait ouvrir toute grande la porte aux importations de bœuf provenant de pays dont les normes et les coûts de production sont beaucoup moins élevés », a-t-il fait valoir.
Selon lui, une telle entente pourrait également « compromettre notre industrie alimentaire nationale ».
Un accord à l’horizon
Les négociations en vue d’un accord de libre-échange entre le Canada et le Mercosur ont débuté en mars 2018, et une entente est attendue d’ici la fin de l’année.
Le gouvernement du Canada soutient qu’un accord de libre-échange avec le Mercosur permettrait de réduire les tarifs douaniers dans plusieurs secteurs, notamment l’aluminium, les produits forestiers et l’automobile, tout en favorisant la croissance de certaines industries canadiennes, particulièrement celles de la pêche et des produits de la mer.
Toutefois, Beef Farmers of Ontario a exprimé des inquiétudes quant à cette entente.
« Un éventuel accord commercial avec le Mercosur offre peu ou pas d’avantages au secteur agroalimentaire canadien et ne crée aucune occasion significative pour les producteurs de bœuf de l’Ontario ou du Canada », indique l’organisation dans un communiqué. « Accroître l’accès du bœuf importé au marché canadien ne ferait que nuire à la production nationale et remplacer les produits canadiens. »
L’industrie bovine canadienne contribue à hauteur de 34,2 milliards $ au PIB et soutient plus de 347 000 emplois.
Le Brésil est le plus important exportateur mondial de bœuf en volume, avec plus de 3,75 millions de tonnes exportées annuellement à l’échelle mondiale. Si un accord est conclu, les pays du Mercosur obtiendront un accès accru au marché canadien.
Dans le cadre des consultations, les intervenants de l’industrie et les parties prenantes individuelles ont généralement exprimé « un niveau élevé d’appui » aux négociations avec le Mercosur.
Les représentants des secteurs axés sur l’exportation ont toutefois précisé que, bien qu’ils ne s’opposent pas aux négociations en vue d’un accord de libre-échange avec le Mercosur, ils estiment que : « Le Canada devrait s’abstenir d’accorder des concessions supplémentaires en matière d’accès au marché dans ces secteurs et, lorsque cela est approprié, mettre en place des mesures de protection robustes pour ces produits. »
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a affirmé que le gouvernement « ouvre de nouvelles possibilités commerciales » partout dans le monde, et pas seulement au sein du bloc du Mercosur, tout en continuant à « soutenir les agriculteurs canadiens ».
